Ah, Flavio Briatore. Rien que l’évocation de son nom fait frissonner la moitié du paddock et soupirer l’autre. L’homme qui a tout fait, tout vu, et surtout tout osé en Formule 1 est de retour dans les coulisses depuis quelques temps et désormais en pleine lumière. Suite à la démission d’Oliver Oakes (Team Principal), c’est le bouillonnant italien qui récupère ces prérogatives. Tel un vieux loup qui flairerait à nouveau l’odeur du pouvoir de l’argent et des magouilles chromées, Briatore est de retour. Flavio Briatore est peut-être la seule personne à pouvoir transformer une réunion stratégique en un épisode des Soprano. Ne boudons pas totalement Flavio Briatore, il aura quand même fait fouler la piste à la sublimissime Naomi Campbell, la très belle Heidi Klum et j’en passe évidemment !

Mais que vient-il donc faire ici, en 2025, après plus d’une décennie de disgrâce semi-assumée ? Et surtout : pourquoi, malgré un palmarès entaché d’affaires plus sombres que les lunettes qu’il porte nuit et jour, Flavio a-t-il encore le droit de poser ses mocassins en crocodile dans le paddock ?
Retour vers le futur…

Petit rappel pour ceux qui auraient dormi sous un vibreur pendant 20 ans : Flavio Briatore, c’est l’homme qui a fait gagner Michael Schumacher chez Benetton, avant de revenir dans les années 2000 faire triompher Renault avec un certain Fernando Alonso. Jusqu’ici, tout va bien. Deux époques dorées, deux fois champion du monde avec deux pilotes différents, dans deux contextes bien distincts. On pourrait presque croire à un génie du management. Mais chez Briatore, le génie est toujours livré avec un mode d’emploi en cyrillique et une clause douteuse en petit caractère.
Car Flavio, c’est surtout le pilote de la zone grise, le virtuose des contournements réglementaires, l’as du “on s’arrange entre nous”. Et l’affaire qui le poursuit comme une remorque de casseroles, c’est bien sûr le tristement célèbre “Crashgate” de Singapour 2008 : ce moment surréaliste où Nelson Piquet Jr. est envoyé volontairement dans le mur pour permettre à Alonso de gagner. Du sabotage stratégique pur jus. Digne d’un film d’espionnage, sauf que là, tout était vrai. Le plan de tricherie, soigneusement orchestré sans que Fernando Alonso n’en soit informé, se déroule ainsi : alors qu’il occupe la onzième place, Alonso est appelé au stand dès le 12e tour pour un ravitaillement anticipé. Il repart en fond de grille. Au tour suivant, son coéquipier Nelsinho Piquet s’écrase volontairement contre le mur dans le virage n°17. L’accident provoque la sortie de la voiture de sécurité, poussant tous les autres pilotes à ravitailler. Ce coup de théâtre propulse Alonso en tête de la course, position qu’il conservera jusqu’à la victoire.

La suite est connue : la FIA découvre le pot aux roses (par le biais d’information de la chaine brésilienne TVGlobo lors du GP de Belgique 2009), enquête, et finit par taper du poing. Résultat ? Briatore est banni à vie du sport. Enfin… “à vie” dans le sens jusqu’à ce qu’un tribunal français saisi par Briatore (la FIA siège à Paris) décide que la procédure était un peu bancale, ce qui lui permettra de réintégrer le paddock en 2013, au moins en théorie. La FIA est condamnée à payer une amende de 15.000 euros à Briatore…
Peut-il revenir ? Légalement, oui. Moralement, eh bien…
Techniquement, rien n’interdit aujourd’hui à Flavio Briatore de travailler en Formule 1. Il est d’ailleurs officiellement “conseiller” chez Alpine. Il n’est plus sous le coup d’aucune sanction formelle. En 2010, le Conseil d’État français (ce bon vieux rempart des puissants) a invalidé l’interdiction à vie prononcée par la FIA, jugeant la procédure biaisée et le tribunal partial. Voilà comment Flavio a pu sortir par la fenêtre et revenir par la baie vitrée.

Depuis, il est resté dans l’ombre. Consultant, conseiller, homme de réseaux. On murmure qu’il a toujours un œil (et un portefeuille) dans la gestion de Fernando Alonso, qu’il a des entrées chez Alpine … et ailleurs. Ce n’est donc pas tant un retour qu’une continuité silencieuse qui refait surface à la lumière.
Mais le retour en grâce est un sport de contact en F1, et Flavio le sait. Chez Liberty Media, on adore les personnages, et Briatore est un personnage. Un peu trop peut-être.
Pourquoi est-il toujours si décrié ?
Simple : parce qu’il incarne une époque où la F1 naviguait sans GPS moral. Manipulations, tricheries, chantages à peine voilés, méthodes de management très “à l’italienne” (comprendre : hurlements, portes claquées et pressions psychologiques à l’ancienne). Briatore, c’est la F1 des cigares, des cocktails en bord de yacht, et des décisions prises entre deux limousines. Le contraste avec la modernité clinique et (apparemment) lisse de la F1 post-2020 est aussi saisissant qu’inquiétant. Le match Toto Wolff/Fred Vasseur/Flavio Briatore s’annonce palpitant…bien au-delà du choc générationnel !

Son retour inquiète, car il symbolise la nostalgie d’un monde où l’on pouvait tout faire tant qu’on ne se faisait pas attraper. Et même quand on se faisait attraper, on revenait dix ans plus tard, bronzé et hilare, à la table du conseil.
Beaucoup voient d’un mauvais œil cette potentielle réintroduction dans les cercles de décision, surtout dans une F1 qui tente de se réinventer, de verdir son image, d’attirer une nouvelle génération de fans. Briatore, c’est l’anti-Drive to Survive. C’est la vieille école, brute, sans filtre, sans excuses.
Un retour vraiment nécessaire ?
Et là est la vraie question. La F1 regorge déjà de personnalités charismatiques, d’anciens champions reconvertis en dirigeants, de jeunes managers diplômés qui n’ont jamais lancé un téléphone sur un ingénieur. Pourquoi rouvrir un chapitre que tout le monde croyait refermé ? L’adage “peu importe qu’on parle de toi en bien ou en mal du moment qu’on parle de toi” rôde dans la F1 qui cherche à capter en permanence une nouvelle audience.
Peut-être parce que, malgré tout, Flavio Briatore connaît la F1 comme personne. Il sait comment faire gagner une équipe. Il sait comment manipuler une course. Il sait comment survivre dans un univers où la trahison est un sport collectif. Et il sait surtout se rendre indispensable sans jamais vraiment s’impliquer trop ouvertement.

Il est indéniable que l’arrivée de Franco Colapinto en tant que pilote titulaire chez Alpine, soutenu par une farandole de sponsors argentins, a coïncidé avec une série de bouleversements au sein de l’équipe, notamment la démission d’Oliver Oakes et la prise de fonctions de Flavio Briatore. Colapinto apporte avec lui un soutien financier significatif de la part de sponsors argentins. Selon certaines sources, ces sponsors ont même contribué à financer sa libération anticipée de son contrat avec Williams pour faciliter son transfert chez Alpine . De plus, l’équipe Alpine a récemment annoncé un partenariat avec la plateforme de commerce électronique argentine Mercado Libre, renforçant ainsi les liens commerciaux avec l’Argentine .
En somme, le retour de Flavio Briatore en F1 pose moins la question de la légalité que celle de la morale. Peut-on vraiment faire table rase du passé ? La F1 peut-elle être crédible en prônant l’intégrité tout en réaccueillant ceux qui ont méthodiquement sapé cette valeur ? Et finalement, la morale a-t’elle sa place en sport professionnel ?
La réponse est sans doute la plus vieille loi du paddock : si ça rapporte de l’attention, de l’argent, ou des victoires, tout est pardonnable.