vendredi, octobre 9, 2026
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Rollercoaster au plat pays…

Dimanche à Assen: une journée où le World SBK a décidé de jouer les scénaristes cruels, réservant à Ducati et surtout à son prodige Nicolo Bulega un script digne d’une tragédie grecque version mécanique. Si la « Cathédrale de la Vitesse » est censée faire vibrer les cœurs, ce dimanche, elle a surtout fait grincer des dents dans le clan rouge. Retour sur une journée où la pluie, les pannes et les ironies du sort ont dansé un tango infernal.

Matinée humide, Ducati patauge

Dès le matin, la Superpole Race donne le ton : il pleut, le circuit est une pataugeoire, et les pilotes slaloment entre les flaques comme des patineurs en galère. Nicolo Bulega, leader du championnat et chouchou de Ducati, part fort. Très fort. Il dépasse Sam Lowes, qui avait eu l’audace de lui chiper la pole, et s’installe en tête avec l’assurance d’un type qui sait qu’il est le patron. Sauf que, dans le monde cruel du SBK, la mécanique a parfois des plans différents. À mi-course, patatras ! Un souci technique, ce traître invisible, force Bulega à ranger sa Panigale au garage, la mine déconfite. Adieu les gros points, adieu la gloire matinale.

Pendant ce temps, Toprak Razgatlioglu, le champion en titre, ne se fait pas prier. Le Turc, qui adore visiblement barboter, s’empare de la victoire avec une aisance insolente, signant son premier succès en conditions humides. Derrière, Sam Lowes, le frangin de l’autre Lowes, profite du malheur de Bulega pour décrocher son premier podium en World SBK, pile au même endroit où son jumeau Alex avait brillé en 2014. On dirait presque une blague cosmique. Alvaro Bautista, coéquipier de Bulega, sauve les meubles avec une troisième place, mais on sent bien que chez Ducati, l’ambiance est aussi joyeuse qu’un enterrement sous la pluie.

Le reste du peloton ? Andrea Locatelli et Michael van der Mark se tirent la bourre pour la quatrième place, séparés par un quart de seconde, tandis que Scott Redding, parti de la 16e position, joue les remontadas pour finir sixième. Les Britanniques Mackenzie et Vickers, eux, s’offrent un top 10 honorable, prouvant que Honda et les rookies ont parfois plus de cœur que de moyens. Mais soyons honnêtes : ce matin-là, tous les regards étaient rivés sur le drame de Bulega. Une Ducati qui rend l’âme, c’est comme un opéra où le ténor perd sa voix en plein aria.

Après-midi sec, mais pas plus clément

L’après-midi, le ciel se calme, le bitume sèche, et on se dit que Bulega va pouvoir prendre sa revanche. Parti dixième après sa mésaventure matinale, le jeune Italien entame une remontée furieuse, digne d’un loup affamé lâché dans une bergerie. Tour après tour, il grignote les places, dépasse Bautista, écarte Lowes, et s’installe en tête au 16e tour. La victoire semble à portée de main, le public retient son souffle, et on commence à croire que la justice existe. Bulega, c’est le genre de pilote qui transforme une course en épopée, et là, il est en train d’écrire un sacré chapitre.

Mais c’est Assen, et Assen n’aime pas les happy ends. Alors qu’il caracole en tête, sa Ducati décide, encore une fois, de jouer les divas capricieuses. Un nouveau problème technique, comme une gifle en plein visage. Bulega s’arrête, dépité, tapant, frappant sa moto, explosant la bulle du poing, trahi par la machine qu’il avait si brillamment domptée. Deux abandons dans la même journée pour des soucis mécaniques, c’est plus de la malchance, c’est une malédiction. On imagine le mécano Ducati planqué derrière une caisse d’outils, espérant ne pas croiser le regard noir de son pilote.

Locatelli jubile, Razgatlioglu s’efface

Pendant que Bulega rumine, Andrea Locatelli, surnommé « Loka », savoure son heure de gloire. L’Italien, souvent abonné aux podiums sans victoire (19 avant ce jour fatidique), saisit l’opportunité et s’offre son premier succès en World SBK. Yamaha, qui n’avait plus gagné à Assen depuis 2009, et en WorldSBk depuis 2023 (Razgatlioglu Magny Cours 2023 en course sprint) peut sabrer le champagne. Bautista, fidèle à son rôle de vieux briscard, limite la casse pour Ducati avec une deuxième place, tandis que Remy Gardner, en nets progrès, complète le podium. Sam Lowes, encore dans le coup, termine quatrième, confirmant que son podium matinal n’était pas un coup de chance.

Et Toprak Razgatlioglu, me direz-vous ? Eh bien, le champion du monde livre une prestation… disons, anecdotique. Parti en pole, il s’effondre au fil des tours, handicapé par un pneu récalcitrant – une gomme trop dure qui transforme sa BMW en savonnette. Résultat : une triste huitième place, dépassé par une meute de pilotes bien plus inspirés. Quand Toprak, d’habitude si flamboyant, joue les figurants, c’est que la journée est vraiment bizarre.

Le mot de la fin

Ce dimanche à Assen, c’était un cocktail de spectacle, de drame et d’ironie. Nicolo Bulega, pourtant dominateur, repart avec zéro point et une amertume tenace. Ducati, qui rêve de tout rafler, doit se contenter des miettes laissées par Yamaha et Locatelli. Quant à Razgatlioglu, il prouve qu’un champion peut aussi avoir des jours sans. Assen reste fidèle à sa légende : imprévisible, cruelle, magnifique. Mais pour Bulega, cette journée dominicale n’aura qu’un goût : celui de la frustration, enrobé d’un zeste de rage. Vivement la prochaine course, qu’il puisse montrer que la foudre ne frappe pas trois fois au même endroit.

cedric garcia
cedric garciahttps://www.motorsmag.fr
Grand sorcier du monde automobile, plume aiguisée, journaliste aguerri et reconnu, présentateur hors-pair.

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