En rallye, où les pneus crissent plus fort que les ego surchauffés, il y a des figures qu’on ne présente plus. Enfin, si pour les jeunes générations ! Souresh Assaby, ex-copilote au CV rallystique – en tant que navigateur ou commentateur – long comme un roadbook mal plié, a décidé de troquer son carnet de notes pour un volant. Après des années à hurler des « gauche 90 corde jette ! » dans l’habitacle surchauffé des caisses du Mardé Team des frangins Ramassamy (Erick et Pascal, pour les incultes) après Souka Zaneguy et quelques apparitions ponctuelles aux côtés d’autres pilotes, le voilà qui aimerait ressentir ce que ressent son idole Sébastien Loeb. Ou du moins, pour un mec qui peut tenir un cerceau sans se vautrer dans le premier virage. Spoiler : c’est une “200m pour un droite “i” bosse sur gauche 120 fond pas corde !“.
De 2005 à 2023, Souresh a joué les GPS humains pour pas moins de cinq pilotes. Cinq ! Un palmarès qui sent la sueur et une patience à toute épreuve – ou une incapacité chronique à dire non, au choix. Toujours là, fidèle au poste, à traîner au bord des spéciales quand il n’était pas sanglé dans une bagnole, il a fini par se dire : « Et si je faisais comme les grands ? » Banco. Le voilà qui se lance dans la construction d’une Renault 5 GT Turbo, un bolide taillé pour la classe 14 du F2000, avec l’aide d’Emmanuel Naze, un gars qui sait visiblement visser autre chose que des étagères Ikéa. Deux ans de boulot, des pièces neuves à foison, un budget qui ferait pleurer un banquier… Tout ça pour quoi ? Pour que Souresh change d’avis comme on change un pneu après une crevaison.

Alors que la R5 GT Turbo rutilante était prête à rugir pour 2025, Souresh a eu une illumination. Une épiphanie, même si le numéro d’arceau en refroidirait plus d’un avec ce #666 fièrement assumé. « L’occasion de faire l’acquisition de la Renault Clio Rally5 ex-JC Olivar s’est présentée », nous confie-t-il, les yeux brillants comme un gamin devant une vitrine de bonbons. « J’ai toujours adoré cette voiture, son look, son coût d’entretien prévu, sa boîte séquentielle, sa puissance contenue… Bref, je l’ai toujours adorée. » On dirait un ado qui découvre sa première mobylette, mais passons. Exit la R5, bonjour la Clio Rally5, fleuron d’Alpine pour les pilotes qui veulent jouer dans la cour des modernes sans trop se ruiner. Et tant pis pour les heures passées à polir l’ancien projet – néanmoins la Gt est prête à rouler et en vente.

En passant, le prix demandé par Souresh est si accessible qu’il en est quasiment indécent ! Le lot de bord est conséquent et ça sent bon le neuf dans la petite Turbo.

Pour l’épauler dans cette aventure, il a dégotté Henri-Michel Perrine, alias « Pin’s », un copilote au pedigree aussi fourni que les cheveux de Souresh sont clairsemés (désolé, c’était trop tentant). Pin’s, c’est du lourd : acolyte exclusif de Didier Honorine de 2005 à 2013, puis passage éclair chez Maxime Dupuy en BM’ et même remplaçant de luxe en 2015. Un mec qui connaît les spéciales comme sa poche et qui, soyons honnêtes, doit déjà en avoir marre d’entendre Souresh paniquer à l’idée de rater un freinage. Car oui, le duo s’apprête à prendre le départ du Rallye de Petite Île début avril, et on peut déjà parier que Souresh aura les mains moites et le palpitant plus rapide que l’odomètre de son bolide. Rookie, qu’ils disent. À presque un demi-siècle, le terme fait doucement rigoler. Mais bon, dans le fond, il faut bien un début à tout…

Évidemment, face à eux, il y a les jeunes loups du Rally5. Ces gamins qui n’ont peur de rien, qui attaquent comme des sauvages et qui n’ont pas encore les lombaires en compote ou les cheveux grisonnants (quand il en reste, j’ai bissé, toujours trop tentant). Souresh et Pin’s, eux, c’est l’expérience, la sagesse (mmmm!)… et probablement une bonne dose de Doliprane dans la boîte à gants. Parce qu’à leur âge, on ne prend plus les risques comme à 20 ans – et on ne récupère pas aussi vite. Mais ne vous inquiétez pas pour eux : Pin’s, avec son passé chez Citroën Sport dans les années 2000, saura guider son pilote avec la précision d’un métronome. Reste à savoir si Souresh écoutera ou s’il fera comme ces débutants qui pensent tout savoir après trois tours d’essai.
Et puis, il y a le contexte. Souresh, c’est le genre de gars qui a passé des années à chambrer les copains depuis le bord de la route, un café à la main (et je dis café pour rester politiquement correct) et un sourire narquois aux lèvres. « Toi, t’as raté ta corde, mon gars ! » Aujourd’hui, les rôles s’inversent, et on imagine déjà la horde de potes prêts à lui rendre la pareille. « Alors, Souresh, t’as confondu l’accélérateur avec le frein ? » ou « T’as bien fait de prendre la Clio, la R5 aurait pas tenu ton stress ! » Ça promet des soirées animées au Mardé Team, entre deux analyses savantes de ses chronos.
Bref, Souresh Assaby au volant, c’est un peu comme un vieux lion qui veut montrer qu’il a encore des griffes à défaut des dents. On lui souhaite bonne chance, parce qu’il va en avoir besoin. Concentré ? Sûrement. Flippé ? À coup sûr. Mais une chose est certaine : avec Pin’s à ses côtés et une Clio Rally5 en mains, il a au moins de quoi s’amuser. Enfin, on espère. Rendez-vous à Petite Île pour le verdict – et pour les vannes, bien sûr !