Dans la grande foire du rallye réunionnais, on croise de tout : des voitures qui coûtent l’équivalent d’un T3 à Saint-Denis, des pilotes qui envoient du rêve en glisse 4 roues, des copilotes à la diction chirurgicale, et puis… il y a ceux qui débarquent, sourire aux lèvres, dans une Peugeot 106 du siècle passé mais qui tient la route – parfois. Bienvenue chez les Grondin.
Bruno et Mariska Grondin, duo en course et à la ville, sont l’un de ces équipages qu’on repère vite. Non pas pour leur palmarès (encore en gestation), ni pour leur voiture bardée de sponsors (spoiler : ce n’est pas le cas), mais pour cette bonne humeur inoxydable qui semble les suivre même dans les moments difficiles. Des rookies, des vrais. Et ce mot n’est pas une insulte.
L’amour, le rallye, et une N1
Originaire de Sainte-Rose – donc bercé aux vibrations des Radiers plutôt qu’aux comptines – Bruno a grandi avec les hurlements de moteurs pour berceuse. Des années à rêver devant les autos, à flâner dans les paddocks, jusqu’au jour où, clac, il a pu s’installer dans un baquet. « Un rêve de gosse », lâche-t-il avec cette voix où l’on devine à la fois la fierté et la trouille de celui qui sait qu’un rêve peut vite se transformer en cauchemar avec deux freins mous.

C’est donc en amoureux qu’il embarque sa chère et tendre Mariska dans l’aventure. Elle, peu sensible aux charmes bruyants du rallye, a accepté l’invitation. L’amour, paraît-il, fait faire des folies. Celui-ci l’a menée dans une Peugeot 106 N1, probablement plus habituée à rouler trankilou qu’à dévaler des spéciales.
Départ canon, arrêt brutal
Premier rallye, premier numéro : le 69. Coïncidence ? Peut-être. En tout cas, difficile de faire plus symbolique pour ce couple complice. Une sorte de clin d’œil du destin, allez savoir…

Mais au-delà du chiffre croustillant, la réalité mécanique a vite rattrapé l’élan romantique : abandon dans l’ES8 du Rallye de Petite-Île pour cause de cardan gauche brisé. Bruno peste, Mariska relativise, et la 106 pleure silencieusement dans un coin du parc d’assistance. « J’avais acheté cette voiture prête à courir… », soupire le pilote. Oui, enfin “prête”, tout est relatif. Disons qu’elle avait les autocollants. Le reste était manifestement plus flou.
Check-up complet pour la bête
Pour éviter une rediffusion du crash mécanique au prochain épisode, Bruno a décidé de ne pas rigoler avec la prépa. Tout le train avant a été passé au peigne fin : cardans changés, moyeux neufs, système de frein checké. Bref, la 106 a eu droit à un relooking technique invisible pour le commun des mortels. Elle va freiner droit cette fois.
Et pour ne rien laisser au hasard, le couple s’est lancé avec ferveur dans les reconnaissances du Tour Auto. À bord, toujours la même équipe : lui au volant, elle au micro. « C’est elle qui gère, à 60% », confesse Bruno. Un chiffre manifestement diplomatique, car le sourire en coin de Mariska en dit long : dans ce couple, on connaît la vraie patronne. Et elle ne lâche pas son road book pour une bricole.
Le Tour Auto, version famille

Le 56e Tour Auto, c’est la cour des grands. La plus longue épreuve du championnat, celle qui fait trembler les boîtes de vitesses et les nerfs. Et les Grondin vont y goûter pour la première fois. Pas de pression ? Allons donc. Bruno avoue néanmoins une certaine appréhension. Et encore Bruno et Mariska n’ont jamais décollé au départ de la spéciale de 3 Bancs noire de monde. Pour affronter cette épreuve au sens premier et plein, ils peuvent compter sur une petite équipe dévouée.
C’est une “aventure en famille”. Sauf que cette fois, la petite princesse du couple ne sera pas du voyage. Confiée à Papy et Mamy, elle fêtera ses 6 ans pendant le rallye. On s’imagine bien la scène : Bruno au volant, Mariska récitant « droite 90 ferme tard», et au fond de leur casque, en permanence cette pensée : ramener une coupe, pour leur fille. Le genre de motivation qui peut déplacer des montagnes… ou au moins grimper de véritables toboggans de certaines spéciales sans caler. Je vous met mon ticket que le téléphone va crépiter à chaque arrivée de spéciale, à chaque assistance pour tenir l’héritière au courant des avancées de papa/maman.
Objectif : plaisir et finition

Ne nous méprenons pas : on ne s’attend pas à les voir coller aux basques des Rally2. Ce n’est pas le projet. Leur classe, la N1, c’est le bas de l’échelle technique. Pas d’artifice, peu de chevaux, mais beaucoup de cœur. Et dans ce rallye où la moitié du peloton finit au pire DNF et au mieux en deuxième départ, arriver au bout serait déjà une victoire. 2025 est placée sous le signe de l’apprentissage avec des apparitions épisodiques.
D’autant plus que leur principal objectif est ailleurs : le plaisir. Et peut-être une coupe, histoire de marquer le coup. Parce que fêter un anniversaire sans ses parents, c’est triste. Mais le fêter avec une coupe en guise de gâteau, là, c’est la classe.
Bruno et Mariska, c’est l’illustration parfaite que le rallye n’est pas qu’une affaire de chrono. C’est un mélange d’huile, d’amour, de courage et de cardans neufs. On leur souhaite de finir ce Tour Auto avec le sourire…
Et si possible, avec un trophée pour leur petite. Parce que, soyons honnêtes, ça aurait quand même plus de gueule qu’un doudou aussi beau soit-il, à 6 ans les enfants comprennent…et se souviennent des exploits parentaux !