C’est donc à Berlin, en Allemagne que le Championnat à choisi son camp ! Théâtre d’un naufrage mécanique aux allures de tragédie grecque. Un drame moderne en 41 actes (ou tours), écrit par les ingénieurs de Stuttgart et interprété par un Pascal Wehrlein visiblement plus doué pour les qualifications que pour l’endurance psychologique d’un dimanche après-midi.
Une matinée en fanfare… pour mieux déchanter
Tout avait pourtant commencé comme dans un rêve allemand bien huilé : Pascal Wehrlein en pole position, offrant à Porsche sa toute première pole à domicile à Berlin. Un frisson patriotique parcourait les tribunes – on entendait presque les moteurs chanter l’hymne national. Le pilote local atomise Dan Ticktum en finale des Duels. Trois points supplémentaires. Oliver Rowland, son rival au championnat, part seulement huitième, lesté d’une pénalité. Les planètes s’alignent, la Bratwurst grille lentement sur le barbecue, le public croit à l’exploit.
Mais Berlin, c’est aussi le mur. Et ce dimanche, c’est Porsche qui l’a pris… de plein fouet. Symboliquement, bien sûr. L’orgueil, la stratégie, la gestion d’énergie : tout s’est effondré comme une vieille Trabant sous une pluie d’octobre.
Wehrlein et ses comparses : les rois d’un château de sable
Porsche ! Wehrlein, da Costa, Ticktum (cliente) et Beckmann (idem) monopolisent le haut du classement comme des touristes allemands réservant les transats à 5h du matin. Quatre voitures propulsées par Porsche dans le top 5 au bout de quelques tours, c’était l’équivalent électrique d’un blitzkrieg.
Mais cette domination allait vite se transformer en carnaval stratégique. Le problème avec les voitures à puissance, c’est qu’il faut aussi savoir s’en servir. Wehrlein s’est retrouvé à jouer à saute-mouton avec ses coéquipiers, entrant et sortant de l’ATTACK MODE comme un adolescent indécis dans un buffet à volonté. L’incapacité chronique de Porsche à gérer le rythme et l’énergie a transformé une situation idéale en une sorte de limbo tactique, où chaque décision semble dictée par un générateur aléatoire.

Pendant ce temps, Rowland – calme, patient, presque soporifique – se faufilait comme un vieux renard fatigué mais sournois. On l’avait laissé pour mort au départ, huitième sur la grille, et le voilà à bondir dans le top 5 comme s’il avait mangé du Jaguar au petit-déjeuner.
Le Yorkshire terrassant la Forêt Noire
Oliver Rowland n’a rien fait de spectaculaire, justement. Et c’est ça le pire. Il a pris ses deux ATTACK MODE, il a doublé les bons au bon moment, il n’a pas explosé sa batterie en tapant des tours de qualif à chaque virage comme un Wehrlein en panique. Il a piloté comme un champion du monde sans panache. Efficace, méthodique, souriant mollement comme un banquier suisse en week-end au bord du lac Léman.

Et ça a suffi. Parce que pendant que Cassidy gagnait la course depuis la 20e place (!), que Vergne et Dennis remontaient comme des frelons dopés à la caféine, Wehrlein, lui, sombrait. De leader à dixième. Puis treizième. Puis seizième. Un effondrement digne de Lehman Brothers, mais sur quatre roues et sans le luxe d’un plan de sauvetage.
Rowland termine quatrième. Wehrlein, seizième. Rideau.
Porsche : l’art de se saboter soi-même

Cette 14e manche est un résumé parfait de la saison Porsche : rapide, brillante par éclairs, puis désespérément incohérente. On en viendrait presque à croire que Stuttgart n’a jamais vraiment compris la Formula E. Trop de stratégie, pas assez d’instinct ? Trop d’ingénieurs et pas assez de coureurs ? Trop d’Allemagne, pas assez de chaos ?
Pendant ce temps, Nissan, qu’on croyait cantonné au rôle de figurant exotique, rafle la mise. Rowland est champion avec deux manches d’avance, et l’écart au classement Constructeurs est désormais microscopique : Porsche 342, Nissan 335. Ils peuvent encore perdre ça aussi. Et honnêtement, on ne parierait pas sur eux pour éviter un nouveau fiasco à Londres.
Cassidy, l’invité surprise qui gagne depuis l’arrière
Et pendant que les projecteurs étaient braqués sur Rowland et Wehrlein, un certain Nick Cassidy a décidé de faire la nique à tout le monde. Vingtième sur la grille, premier sous le drapeau à damiers. Jaguar, deux victoires à Berlin, pendant que Porsche, chez lui, boucle un week-end qui sent bon le goulasch tiède.

Cassidy, avec son élégance de voleur discret, a fait oublier tout le monde. Il surgit à la fin comme un rappel que, dans cette discipline, on peut gagner en partant dernier. Sauf si on s’appelle Pascal Wehrlein.
Berlin aura été impitoyable, mais juste. Et surtout, elle nous rappelle cette loi immuable du sport automobile : avoir la meilleure voiture, c’est bien. Savoir quoi en faire, c’est mieux.
| 1 | Porsche | 342 |
| 2 | Nissan | 335 |
| 3 | Jaguar | 279 |
| 4 | Stellantis | 242 |
| 5 | Mahindra | 169 |
| 6 | Lola | 47 |
On se revoit à Londres, où Porsche aura peut-être une autre chance. Ou une autre occasion de briller en qualifications pour mieux s’écrouler le dimanche.
| Pos | Pilote | Total |
| 1 | Oliver Rowland | 184 |
| 2 | Pascal Wehrlein | 125 |
| 3 | Taylor Barnard | 112 |
| 4 | António Félix Da Costa | 103 |
| 5 | Nick Cassidy | 102 |
| 6 | Jean-Éric Vergne | 89 |
| 7 | Dan Ticktum | 82 |
| 8 | Edoardo Mortara | 80 |
| 9 | Maximilian Günther | 79 |
| 10 | Jake Dennis | 77 |