Le grand barnum du championnat de la Réunion des Rallyes s’apprête à planter ses pneus à Petite-Île ce week-end, les 5 et 6 avril 2025, pour un kickoff qui promet vrombissements et luttes à tous les étages. Les vérifications techniques et paperassières débuteront vendredi de 17h30 à 20h00 face à la place du Vieux Moulin, à l’école des Alpinias – un endroit charmant où les officiels scruteront les bolides avec la minutie d’un horloger suisse sous lexomil. Ça continue samedi matin de 7h00 à 10h00, histoire de bien réveiller les riverains avec le doux ronron des moteurs et les jurons des mécanos en retard. Le parc fermé, lui, squatte la place du Vieux Moulin, juste en amont de la mairie, comme pour rappeler aux élus locaux que oui, ils ont bien signé pour ce bazar.
Mais parlons de l’essentiel : la météo. Parce qu’à Petite-Île, en cette période de bascule vers la saison fraîche de l’hémisphère sud, le ciel est souvent taquin. Quelques gouttelettes sont prévues dans la nuit de vendredi à samedi, rien de bien méchant, mais assez pour laisser une humidité résiduelle dans les cordes sur ces routes sinueuses où les pilotes risquent de transformer leurs bolides en patineuses artistiques. Avec des alizés anémiques à 7 km/h maximum, ne comptez pas sur le vent pour sécher quoi que ce soit. Et ça, c’est juste le hors-d’œuvre. Sur les hauteurs, vers Piton de Bloc (ES2, 4, 6), la partie haute de la spéciale, des intempéries pourraient débarquer dès 14h samedi, avec quelques millimètres de pluie. Génial, non ? Une spéciale qui longe des terrains agricoles, déjà prédisposée à se transformer en bourbier dès que les tracteurs du coin éternuent un peu de boue. Ajoutez à ça le passage des « grosses bestioles » – ces 4RM qui labourent le terrain comme des cabris sous amphétamines – et vous obtenez un cocktail de pollution résiduelle qui va faire glisser les pneus comme sur du beurre rance notamment à partir du 15eme bolide.

Le premier passage sera une loterie : pas encore de rails formés, une piste potentiellement glissante, et des infos terrain qui vaudront de l’or. Pour le deuxième tour, les rails creusés par les deux-roues motrices du premier passage ne colleront évidemment pas aux trajectoires des quatre-roues motrices. Résultat ? Les pilotes devront improviser, prier, ou les deux. Dimanche, en revanche, c’est la rédemption : une tempête de ciel bleu s’annonce sur le sud de l’île. Enfin, c’est ce que disent les prévisions – pas des prédictions, hein, ne nous en demandez pas trop. Avec un peu de chance, les spectateurs pourront bronzer entre deux hurlements de moteurs. N’oubliez pas crème solaire et casquettes (ou capelines même), ça commence à taper dru même si l’on reste sous la cote des 800m pour a deuxième étape.
Mais revenons à samedi soir, parce que là, ça devient comique. Le coucher de soleil est prévu à 18h14 – en milieu tropical, le soleil ne traîne pas, il se barre comme s’il était pressé d’aller se taper l’apéro. Or, la dernière boucle du samedi programme l’ES5 Manapany 3 à 17h56 pour les VMRS (18h26 pour la première moderne), et l’ES6 Piton de Bloc 3 à 18h34 pour la première VMRS (19h04 pour la première des modernes). Oui, vous avez bien lu : 18h34, soit vingt minutes après le sunset. Dans l’obscurité quasi totale, sans lune pour faire semblant d’y voir quelque chose (phase descendante, seulement 13% de luminosité de notre satellite naturel) ne comptez pas sur une ingestion massive de carottes pour y voir plus clair. Alors, amis pilotes, n’oubliez pas votre rampe lumineuse, cette barre de LEDs qui coûte un rein et demi. Le règlement est clair : pour l’ES5, elle n’a pas besoin d’être fixée SUR le capot, mais doit être dans l’habitacle. Certains expérimentés la fixent au pavillon intérieur arrière, histoire de ne l’installer qu’en dernier recours. Et on les comprend : ces rampes, même « évoluées » et « légères », restent un boulet pour le train avant. Sans parler du prix – indécent, exorbitant, presque criminel pour un bout de lumière. Mais bon, c’est ça le rallye : une passion où on dépense des fortunes pour rouler dans la boue et risquer de finir dans un fossé.

Et puis, soyons honnêtes, ce rallye de Petite-Île, c’est aussi un grand cirque pour les locaux. Pendant que les pilotes s’écharpent sur des routes transformées en patinoires agricoles et s’amusent à jouer les Loeb péï sur des chemins qui, en temps normal, servent à transporter des choux ou autres légumineux, les spectateurs et officiels terrain restent fidèles au poste quelles que soient les conditions. Respect !
Alors, ce week-end, si vous êtes à Petite-Île, préparez-vous, sinon, venez nous y rejoindre. Prenez vos bouchons d’oreilles, votre parapluie, vos casquettes, capelines ou chapeaux de cow boy (si, si y’en a !) et une bonne dose de patience. Parce que le rallye, c’est peut-être un sport, mais c’est surtout un spectacle – un mélange de bravoure, de chaos et de mauvaise foi météorologique. Et au fond, c’est pour ça qu’on l’aime, non ?