Le rideau s’est levé sur le Championnat de la Réunion des Rallyes 2025, et c’est la charmante commune de Petite Île, au sud de la Réunion, qui a eu l’honneur d’accueillir ce barnum motorisé. Le Rallye de Petite Île, premier des six rendez-vous de la saison en championnat, promettait du spectacle sur ses 91,2 km de chrono répartis en 12 épreuves spéciales (enfin, 11, vu que l’ES12 a été annulée pour l’essentiel de la caravane, mais on y reviendra). Et du spectacle, il y en a eu… mais pas forcément celui qu’espéraient les 71 équipages initialement inscrits.

Un départ en fanfare… ou en panne
Sur le papier, 71 équipages, ça claque pour un kickoff post Garance. Dans les faits, seulement 64 se sont pointés aux vérifications administratives et techniques. Aucun recalé, tout le monde a eu son ticket pour le grand huit (le grand 12 en l’espèce). Enfin, façon de parler, parce que dès la première étape – six épreuves spéciales, trois boucles, deux terrains de jeu – le rallye a montré les crocs. Vingt-trois équipages ont jeté l’éponge ou ont été gentiment priés de rentrer chez eux. Vingt-deux abandons, plus une mise hors course pour Yoan Olivar et Théo Grondin (#22), punis pour 31 minutes de retard au CH4A. Trente-et-une minutes ! Fallait au moins ça pour attendre un valeureux équipé de sangle juste avant la voiture balai pour sortir la Clio de sa position inconfortable posée sur un talus de Piton de Bloc.
Résultat des courses (sans mauvais jeu de mots) : seuls 41 équipages bouclent cette première journée dans les temps. Merci au système Super Rally, qui a permis à 6 courageux (ou masochistes) de reprendre la piste pour la deuxième étape, composée de six autres spéciales (deux tracés, trois boucles). Mais même là, le bitume sudiste n’a pas fait de cadeau. Dimanche, cinq nouveaux abandons et une autre mise hors course – Olivar/Bellon (#21) cette fois, sur leur Peugeot 208 Rally4. Peut-être une malédiction petite-iloise sur le nom Olivar ? On n’ira pas vérifier.
Un taux d’abandon à faire pâlir un statisticien
Au final, 35 équipages sur les 64 partants ont franchi la ligne d’arrivée, soit un taux d’abandon de 45,31 %. Presque la moitié des pilotes ont vu leurs rêves de gloire s’évanouir dans la poussière (ou plutôt sur le tarmac chauffé à 50°C). Et pourtant, pas une goutte de pluie, pas un nuage à l’horizon, des conditions météo idéales ! On pourrait presque croire que ce rallye CtrlC/CtrlV de l’édition 2024 a été conçu pour humilier les mécaniques et les ego. À moins que ce ne soit le tarmac de Petite Île, qui, chauffé à blanc, a décidé de jouer les juges impitoyables. Pas dans le mood semble-t-il avoir murmuré à chaque sortie de route. WTF !
Ironie du sort, le VMRS (Véhicules de Série), lui, s’en sort avec un score parfait : 6 engagés, 6 rescapés. 100 % de réussite. Les voitures de “Monsieur et Madame tout le monde” ont donc ridiculisé les bolides fabriqués pour la course et survitaminés. Une leçon d’humilité pour ceux qui pensaient que plus de chevaux équivalait à plus de chances de survie. En tous cas d’un point de vue purement statistique…
Une victoire… pour 41 secondes

Et le vainqueur Meddy Gerville/Souka Zaneguy (VW Polo Rally2) dans tout ça ? Il a bouclé l’affaire en 1h15’30.7, soit une moyenne de 72,5 km/h. Un poil plus rapide que l’édition 2024, où le même pilote, sur la même voiture, sur les mêmes spéciales avait signé un chrono de 1h16’12.4 (71,8 km/h). Bravo, 41 secondes et 7 dixièmes de gagnées ! On imagine la fiesta dans le paddock : champagne, confettis et… non, en fait, juste le plaisir du devoir accompli justement récompensé. Parce que, soyons honnêtes, 41 secondes sur 91,2 km, c’est finalement pas grand chose et une très légère amélioration en regard de l’an passé. Tout ça pour ça ? On aurait presque préféré une course au coude-à-coude, une bagarre jusqu’au dernier virage. Là, on a eu une victoire nette, propre, sans bavure… et sans frisson.
Spéciale annulée, des chronos forfaitaires : final en eau de boudin…
Parlons de l’ES12, ou plutôt de son absence. Annulée, kaput, rayée de la carte à partir du 14° concurrent à s’élancer…(on ne va pas en rajouter mais cette position P13 semblait bien maudite !). Et pour les concurrents après le numéro 21, un temps forfaitaire a été gentiment attribué. Pourquoi ? Une histoire de timing, de sécurité, d’intervention des moyens du SDIS pour circonscrire l’incendie dans le champ de canne suite à la sortie de route de Olivar/Bellon … peut-être juste une envie de rentrer plus tôt pour le barbecue dominical. Dans un rallye où chaque seconde compte, prendre un temps forfaitaire pour une partie des pilotes, c’est comme donner un 10/20 à tout le monde en contrôle de maths parce que le prof a renversé son café sur les copies. Ça passe, mais ça grince.
Et maintenant, Sainte-Suzanne
À peine le temps de ramasser les pièces détachées sur le bord des routes de Petite Île, de commander de nouvelles pièces pour les impactés, de refaire quelques décos et de réviser les bestioles et le prochain rendez-vous pointe déjà son nez : le rallye régional de Sainte-Suzanne, dans un mois tout pile. L’ASASmer aura-t-elle pitié des mécaniques et des nerfs des pilotes ? Rien n’est moins sûr. Si Petite Île est un avant-goût de la saison, on peut s’attendre à un championnat qui offrira de nouveau son lot de rebondissements et où les spectateurs seront de nouveau très nombreux au bord des spéciales.
Le mot de la fin (ou presque…)
Le Rallye de Petite Île 2025 aura été fidèle à sa réputation : sélectif, impitoyable, et un brin frustrant. Entre un taux d’abandon digne d’un film catastrophe, une victoire sans baston jusqu’au bout, et une Direction de Course (PC et terrain) en alerte permanente cette première manche a posé le décor d’une saison qui s’annonce mouvementée. Les 35 rescapés ont marqué leurs premiers points, mais à quel prix ? Des voitures en miettes, des équipages sur les nerfs, des questions tant métaphysiques que mécaniques/électroniques et des spectateurs qui, sous le soleil sudiste, ont adoré le spectacle malgré un relativement faible nombre de participants effectifs. Allez, on remballe, on répare, et on se donne rendez-vous à Sainte-Suzanne. En espérant que le bitume y soit un peu plus clément… ou pas.