La deuxième manche de la saison régionale à la Réunion, le Rallye de Sainte-Suzanne, se profile à l’horizon Samedi prochain (10 Mai) avec son format ultra sprint : 32 kilomètres face au chrono, deux spéciales en boucle, et une liste d’engagés qui en dit long sur l’état de santé du rallye local. Spoiler : ça tousse un peu dans les bronches mécaniques, mais ça respire encore. À peine 62 équipages ont déposé acte de candidature. On a connu des éditions plus peuplées, mais peu importe : la qualité ne se mesure pas qu’au mètre linéaire de file de départ.
L’occasion parfaite pour une petite revue d’effectif pour ce deuxième opus, plus…technique. Oublions les « groupes fédéraux » — ces classifications administratives fumeuses qui n’intéressent que les types cravatés en chemisette dans des bureaux climatisés à Paris — et concentrons-nous sur les vrais repères techniques : ceux qui font encore sens au bord des routes parmi les spectateurs et dans les parcs d’assistance.
Groupe R : les jeunes beaux, propres, mais pas toujours musclés

On commence par le groupe R, incontestable locomotive de nos plateaux avec 30 voitures engagées, soit 48,4 % du plateau. Une hégémonie quasi insultante pour les autres groupes. Entre les Rally2 toutes-puissantes et les R3 rescapées des années 2010, la catégorie R s’impose comme la norme du rallye moderne avec 6 classes de cylindrée : performances affûtées, réglages précis, et carrosseries neuves ou presque. Mais derrière la belle robe se cache parfois une faiblesse criante : un manque d’âme. Certaines de ces autos semblent sorties d’un configurateur plutôt que d’un atelier. Heureusement, le talent de leurs pilotes compense parfois cette fadeur technique. Parfois…
Groupe N : le baroud d’honneur des guerriers à bout de souffle

Le groupe N refuse de mourir. On les avait enterrés, moqués, méprisés. Et pourtant, 13 voitures (20,9 %) répondent encore à l’appel. De la petite N1 à la plus solide N4, ce sont des machines à la philosophie simple : peu de chevaux, quasiment pas d’évolutions hormis la sécurité évidemment, beaucoup de cœur, et des pilotes qui donnent tout. Pas le choix. Pour exister face aux missiles récents, il faut rouler au rupteur du début à la fin, sauter les vibreurs comme des déglingués, et freiner là où d’autres prient déjà. Résultat ? Des passages spectaculaires, des trajectoires parfois audacieuses, et surtout une motivation intacte pour viser ce Graal : le top 20 scratch et les points bonus championnat qui vont avec. Mission suicide ? Sans doute. Mais on les adore pour ça.
| Pos | Intitulé | Engagés | % total | classes |
| 1 | Groupe R | 30 | 48,4 | 6 |
| 2 | Groupe N | 13 | 20,9 | 5 |
| 3 | Groupe F2000 | 11 | 17,7 | 4 |
| 4 | Groupe A | 7 | 11,3 | 5 |
| 5 | GT | 1 | 1,6 | 1 |
F2000 : les survivants récalcitrants à l’extinction programmée

Le F2000, alias la bête noire des constructeurs et donc de la FFSA, continue de hanter les routes malgré tous les obstacles posés sur son chemin. À Sainte-Suzanne, 11 voitures (17,7 %) de cette espèce en voie de harcèlement administratif seront de la partie. Et non, il ne s’agit pas que de 106 bringuebalantes. Certaines machines sont des vraies bombes à retardement : trains roulants affûtés, moteurs libérés, châssis bricoleurs mais efficaces. Le retour attendu d’une 206 F2000 au gabarit étroit mais au tempérament brutal – dont je vous parlerais très prochainement dans le détail – fait déjà frissonner les connaisseurs. Ce n’est pas une classe, c’est une ambiance. Et certains risquent de regretter d’avoir sous-estimé ces dinosaures énervés. Top 20 ? Peut-être. Frissons garantis ? Assurément.
Groupe A : l’agonie douce mais digne

Restent les 7 irréductibles du groupe A, jadis fleuron du rallye mondial, désormais relégué à l’arrière-plan par les standards actuels. Pourtant, certaines de ces voitures – dont la splendide Peugeot 207S2000 de Régis Laravine – peuvent encore envoyer du lourd. Sur un format sprint comme celui de Sainte-Suzanne, avec ses relances à la pelle et son profil court, il suffirait d’un peu d’adhérence et d’un pilote allumé pour transformer ces vestiges de la production en série en machines à claquer des scratchs. Mais attention : le dénivelé exige du souffle. A ce titre, bien que peu évoluée la Subaru Impreza de Mannix Haoareau continue d’épouvanter certains pilotes (trop sages) mieux armés. Une belle mort, peut-être, mais pas sans se battre.
GT : Dupuy seul contre tous

Enfin, le GT fait de la figuration, avec une unique représentante : la Porsche de Dupuy/Omarjee. Seul contre tous ? Oui. Victime des routes étroites et sinueuses de Sainte-Suzanne ? Très probablement. Mais attention : Max Dupuy est du genre à attaquer un col comme on attaque un buffet de mariage. En mode banzaï, il pourrait bien créer la surprise si la météo reste relativement clémente et les vibreurs indulgents avec la Porsche. Ce serait beau, ce serait osé… ce serait du sport. Celà dit, compte tenu de ses perfs passées, même une ondée pourrait bien être sa meilleure alliée. Who knows ?
Bref, pour un petit rallye de 32 km, Sainte-Suzanne nous propose un plateau varié, malmené, mais toujours vaillant. Des modernes bien peignées, des anciennes cabossées, et une ambiance de paddock où l’odeur d’embrayage cramé le dispute à la mauvaise foi des supporters de bord de route. Comme quoi, les chiffres ne disent pas tout, mais ils racontent déjà pas mal.