mercredi, septembre 9, 2026

Samedi torride: effondrement, pénalités et razzia turque…(vidéo)

Le sixième rendez-vous du championnat World Superbike à Misano marque le cap symbolique de la mi-saison. Soleil de plomb, public chauffé à blanc, tifosi sous perfusion de Desmosedici… Tous les ingrédients étaient réunis pour transformer le circuit Marco Simoncelli en tribune politique d’un Bulega en croisade nationale. Oui, mais voilà. Quand le scénario est trop bien écrit à l’avance, il y a toujours un type pour balancer une latte dans le script. Ce type, c’est un Turc, répondant au doux nom de Toprak Razgatlioglu, récemment promu futur pilote MotoGP chez Pramac et désormais en mode je-n’en-ai-rien-à-foutre total. Résultat ? Une matinée surréaliste, un après-midi incandescent, et un paddock Ducati en état de choc modéré.

Superpole : Bulega pulvérise le chrono, puis se fait dégommer par la FIM

Tout commençait pourtant comme une symphonie patriotique. Nicolo Bulega, impeccable sur sa Ducati d’usine, s’est chargé de faire exploser le record du tour à domicile : 1’31.618 au tour, comme si Misano s’était soudainement transformé en Nürburgring court. L’Italien claque le temps avec l’élégance d’un sénateur romain sur le retour, et envoie un message clair : c’est chez moi ici.

Mais on ne provoque pas les dieux du règlement sans conséquence. Pris la main dans le pot de lenteur — pour “slow riding” — lors d’une phase clé de la Superpole, Bulega écope d’un recul de trois places sur la grille. Le chrono reste, la pole s’envole, et Nicolo passe du statut de sauveur de la nation à celui de pénitent vaguement irrité. Dans la même charrette, un Andrea Iannone toujours aussi drama-queen se fait également punir, confirmant que les anciens du MotoGP préfèrent décidément les showrooms aux podiums.

Bassani ressuscite Bimota, les frères Lowes se synchronisent, et Bautista se rate

Derrière ce feuilleton réglementaire, Axel Bassani, alias le revenant du paddock, profite de sa qualification propre pour offrir à Bimota sa première première ligne depuis 1989, époque bénie où les motos sentaient encore la graisse de coude. Le jeune Italien prouve qu’on peut courir pour Kawasaki et faire rêver le public, ne serait-ce qu’un samedi matin.

Juste derrière, Sam et Alex Lowes décident d’aligner leur karma : quatrième et cinquième, comme deux jumeaux aux destins contrariés, mais avec suffisamment de vitesse pour montrer que la famille a encore des restes.

Quant à Alvaro Bautista, il a passé la Superpole à jouer à “qui veut perdre une place ?” : 11e temps, pire résultat à Misano, et une gueule de bois qu’aucun espresso n’a réussi à dissiper. Le champion sortant est dans un brouillard stratégique, perdu entre règlements techniques et nostalgie 2022.

Course 1 : Toprak démonte le plan italien à la visseuse

L’après-midi arrive, la température monte, et le ton aussi. Dès l’extinction des feux, Razgatlioglu décolle comme une fusée d’Istanbul direction la stratosphère du classement. Certes, il laisse passer Bulega un temps (le temps d’une goutte d’eau) — question de politesse — mais reprend le commandement au 4e tour et ne le lâchera plus.

En mode turbo-drift, Toprak empile les tours avec la grâce d’un patineur sur bitume. Résultat : 64e victoire en WorldSBK, 154e podium, et surtout un gros doigt symbolique à Bautista qu’il dépasse désormais au classement des victoires en carrière. C’est officiel : le Turc est devenu une légende… et le cauchemar éveillé de Ducati.

Petrucci joue les sangliers, Bassani s’éjecte, Rea continue sa sieste

Derrière le duo de tête, c’est Danilo Petrucci qui sort les crocs. En lutte avec un Alex Lowes plutôt vaillant, le pilote Barni Spark s’accroche et décroche le podium avec 0,1 seconde d’avance. Style de sanglier, trajectoires de labrador enragé, mais le job est fait.

Bassani, lui, a choisi la voie plus spectaculaire : après un départ canon, le pilote Bimota s’explose tout seul comme un grand au deuxième tour, histoire de rappeler que le talent n’exclut pas la légèreté neuronale.

Quant à Jonathan Rea, 12e sur la grille, 12e à l’arrivée, personne ne l’a vraiment vu. Il poursuit sa saison en mode fantôme, glissant lentement mais sûrement vers la case reconversion ou retraite anticipée avec option paddock VIP.

Les autres : Locatelli sauve Yamaha, Montella brille encore, Gardner s’empale

Andrea Locatelli termine cinquième et meilleur Yamaha, ce qui veut tout dire sur la compétitivité de la R1 cette année. Il suit de près Alex Lowes, mais jamais assez pour vraiment tenter quoi que ce soit.

Sam Lowes, d’abord sixième, finit finalement septième après avoir été rattrapé par le couperet des limites de piste et une pénalité de trois secondes, dans une application réglementaire aussi inspirée qu’un panneau stop dans un désert.

Yari Montella, rookie mais pas débile, finit huitième dans une régularité qui commence à sentir le ticket pour un guidon d’usine. Il est suivi par Lecuona (9e) et Scott Redding (10e), ce dernier retrouvant enfin le top 10 après un début de saison en mode camping-car.

Bilan : Ducati tend le bâton, Toprak frappe, et la guerre psychologique est lancée

Samedi à Misano, c’était un peu comme un opéra de Verdi rejoué par des cascadeurs : du bruit, des envolées, des drames, et une chute finale. Bulega, puni mais rapide, se place comme un candidat sérieux, mais doit composer avec un Toprak désormais totalement affranchi, plus dangereux que jamais.

Le championnat est loin d’être joué, mais une chose est sûre : BMW a trouvé un cheval de Troie turc, et Ducati, en dépit de ses chiffres et de ses ailes en carbone, commence à douter. Rendez-vous demain pour la Superpole Race et la Course 2. En attendant, un conseil pour Misano : ne jamais vendre le podium avant d’avoir passé la chicane.

cedric garcia
cedric garciahttps://www.motorsmag.fr
Grand sorcier du monde automobile, plume aiguisée, journaliste aguerri et reconnu, présentateur hors-pair.

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