Le Supercross US a sorti son plus beau cirque mécanique ce week-end aux abords de la Grosse Pomme. Direction East Rutherford, New Jersey, pour un rodéo motorisé dans l’enceinte du MetLife Stadium, antre habituel des New York Giants… qui, pour une fois, ont assisté à une vraie démonstration de puissance. À défaut de football, les spectateurs ont eu droit à une pluie de décibels, de poussière, de gamelles et d’ego froissés. Bref, du Supercross comme on l’aime. À trois manches de la fin, la tension est à son comble : Sexton veut tout rafler, Webb s’accroche à son leadership comme un morpion dans une forêt non épilée, et les 250 sont toujours sous amphétamines.
450SX : Chase “The Cleaner” Sexton
Chase Sexton n’est plus là pour plaisanter. Et il l’a fait savoir d’entrée avec un holeshot en mode « je ferme la porte, je jette la clé et je disparais dans le brouillard ». Le garçon n’a pas seulement gagné : il a pulvérisé la concurrence avec une quinzaine de secondes d’avance, ce qui, en Supercross, équivaut à un bail longue durée sur la première marche du podium. Le pilote KTM aura donc mené la Finale de bout en bout sans jamais avoir à jeter un oeil dans le rétro (ça tombe bien, il n’y en a pas sur une machine de SX).
Le terrain du MetLife, tout en ornières vicieuses et en whoops dignes d’un entraînement militaire, aurait pu redistribuer les cartes. Mais non. Sexton y a dansé comme s’il répétait une chorégraphie depuis Noël. Sa KTM réglée aux petits oignons a glissé, bondi, absorbé chaque bosse avec la grâce d’un félin shooté à la caféine.

Pendant ce temps, Cooper Webb s’est battu avec… les whoops. Et perdu. Le leader du championnat, lucide mais dépité, a dû se contenter de la deuxième place. « Il me tuait dans les deux sections de whoops. J’essaie de m’améliorer, mais là, c’était une autre galaxie », confiait-il en post-course, l’air d’un mec qui vient de se faire doubler par un TGV en trottinette électrique. Résultat : Sexton revient à neuf points au classement. La chasse est ouverte, les gants sont jetés, et le titre va se jouer dans une ambiance de western spaghetti. Money time !
Pos | Moto | Pilote | Ecarts |
|---|---|---|---|
| 1 | KTM | CHASE SEXTON | 24 tours |
| 2 | Yamaha | COOPER WEBB | +14.645 |
| 3 | KTM | A PLESSINGER | +29.143 |
| 4 | Yamaha | JUSTIN COOPER | +31.635 |
| 5 | Honda | DYLAN FERRANDIS | +37.765 |
| 6 | Husqvarna | M STEWART | +42.620 |
| 7 | Suzuki | KEN ROCZEN | +58.874 |
| 8 | Honda | SHANE MCELRATH | +1 Lap |
| 9 | Honda | DEAN WILSON | +1 Lap |
| 10 | KTM | JUSTIN HILL | +1 Lap |
Aaron Plessinger, cowboy du podium

Et qui retrouve-t-on sur la troisième marche ? Le shérif au grand cœur Aaron Plessinger. Lui aussi sur KTM, le grand gaillard à la moustache d’époque a fait parler sa science de la glisse. Certes, il s’est fait peur face à Justin Barcia (éternel déménageur de l’extrême), mais une chute en solo de ce dernier en mode high side lui a ouvert la voie vers un cinquième podium cette saison. « J’étais prêt à ce que la piste se termine dès les essais », avouait-il. On compatit. Mais ça ne l’a pas empêché de claquer un run solide, tout en moustache et en détermination.
Ken Roczen, lui, a disparu des radars. L’Allemand, flamboyant à Daytona, navigue désormais à vue. On l’attendait en arbitre du duel Webb/Sexton, il est devenu figurant dans une série qu’il a autrefois dominée. Triste ? Un peu. Mérité ? Peut-être. Immuable ? Sûrement pas.
250SX East : Hammaker, tout seul avec la plaque rouge
Chez les 250, on pensait que le championnat allait continuer son jeu de chaises musicales. Que nenni. Seth Hammaker a décidé que non seulement il allait gagner, mais qu’il allait le faire en solo, façon dictature éclair. Holeshot, gestion parfaite, aucune erreur : un sans-faute clinique qui lui permet de prendre le leadership du championnat à lui tout seul. Le garçon était même malade avant la course, mais apparemment, une bonne grippe peut faire des miracles si elle est accompagnée d’une Kawasaki affûtée comme une lame.
| POS | BIKE | RIDER | INTERVAL |
|---|---|---|---|
| 1 | Kawasaki | SETH HAMMAKER | 19 tours |
| 2 | Husqvarna | R.J. HAMPSHIRE | +4.885 |
| 3 | KTM | TOM VIALLE | +6.719 |
| 4 | Honda | CULLIN PARK | +47.985 |
| 5 | Yamaha | NATE THRASHER | +10.432 |
RJ Hampshire, le mec le plus régulier depuis deux ans sans jamais gagner un championnat, a bien tenté de mettre la pression. Mais voilà, entre erreurs de trajectoire et attaques molles, il a passé la course à regarder le dos de Hammaker. Deuxième, donc, et sans grand panache.
Vialle, troisième, encore et toujours…

Et Tom Vialle, dans tout ça ? Troisième. Une fois de plus. Une performance frustrante pour le Français, qui, après avoir caressé la plaque rouge du bout des doigts, semble coincé dans une boucle de podiums sans victoire. Une mauvaise qualif, un départ moyen, une course à vue derrière RJ, quelques erreurs : le cocktail habituel. Il faudra hausser le ton très vite s’il veut jouer le titre, parce qu’à force de finir troisième, il va finir par devenir une légende… des statistiques.
Le mot de la fin : à qui profite le chaos ?
Trois manches avant la fin du championnat, la pression est maximale. Sexton est en mission. Webb serre les dents. Plessinger joue les trublions. Et Roczen pourrait aussi bien être en vacances. En 250, Hammaker a désormais un objectif clair : verrouiller le titre, quitte à plomber l’ambiance pour les autres.
Le MetLife Stadium a vu du spectacle, des envolées lyriques sur les triples, des enchaînements aussi techniques qu’un Rubik’s cube sur un trampoline, et surtout : un resserrement dramatique du classement. Et la semaine prochaine ? On reste dans le Nord-Est à Pittsburgh, avec probablement une nouvelle fournée de chutes, de surprises, et de slogans bien huilés.
D’ici là, Sexton peut déjà se faire faire un devis pour une couronne, Webb doit appeler un sorcier vaudou pour les whoops, et Vialle… Vialle doit trouver une solution pour qu’on parle de lui autrement qu’en disant : « Encore P3 ? »