vendredi, septembre 11, 2026

Si tu vois la mer, c’est que tu ne regardes pas la route !

Pendant que les stars de TikTok (lol) s’étripent pour savoir si la Méditerranée est un océan ou une mer, les vrais mordus de bitume vont s’enfiler un week-end de rallye pur jus dans l’arrière-pays niçois. Le Rallye d’Antibes-Côte d’Azur, troisième manche du Championnat de France des Rallyes 2025 fête ses 60 printemps et se déroulera ce week-end sous le soleil incertain de mai, avec une liste d’engagés qui sent bon la crise mais conserve un certain panache. 76 voitures au départ, 13 Rally2, zéro formule monotype (hormis Alpine)… une rareté en ces temps où même les séries Netflix sont clonées à la chaîne.

Antibes : des routes, du relief, et quelques pièges à touristes

Situé entre la carte postale et le panneau “chaussée dégradée”, le Rallye d’Antibes tire sa spécificité de son terrain de jeu. Oubliez les spéciales rurales en ligne droite pour labradors et camping-cars : ici, c’est lacets en épingle, cols insidieux, murets assassins, et précipices à la pelle. Les spéciales serpentent dans l’arrière-pays niçois, souvent à flanc de montagne, parfois bordées d’anciens arbres ou de retraités locaux qui considèrent encore l’automobile comme un cheval trop rapide.

Le tarmac, abrasif à souhait, est une machine à grignoter les pneus et les certitudes. Les portions rapides alternent avec des enchaînements de virages qui donneraient le mal de mer à un pilote d’Eurofighter. Col de Bleine, Col du Turini, Col de Braus : autant de noms qui évoquent le plaisir et la terreur en proportion égale. Chaque spéciale ressemble à une session de torture psychomécanique, où seul le plus rusé — ou le plus fou — s’en sort sans une jante voilée et un pneu encore en état…

Mai à Antibes : la saison idéale pour transpirer avec panache

Le mois de mai, c’est le moment stratégique où le ciel azuréen hésite entre l’idylle estivale et l’humidité perfide. Ce qui en fait une date parfaite pour un rallye à haut potentiel dramatique. Il ne fait pas encore 40 degrés, les touristes n’ont pas encore squatté les parkings avec leurs SUV de location, et les routes, elles, offrent une adhérence idéale… sauf quand la rosée matinale en sous bois transforme le premier freinage en séance d’aquaplaning.

Ce calendrier permet aussi d’éviter les grosses chaleurs qui font fondre les pneus et les cerveaux. À Antibes, on transpire, certes, mais intelligemment : avec vue sur mer et panique sur freins.

Une liste d’engagés maigrelette mais pas ridicule

Avec 76 voitures au départ, le Rallye d’Antibes fait ce qu’il peut dans une période où aligner une voiture sur une épreuve nationale revient à hypothéquer un rein et un coin de garage. Pas de formule monotype à l’horizon. Ici, la diversité plutôt que de remplir la liste avec 43 copies carbone d’une citadine. Une hérésie en 2025 ? Peut-être.

Les 13 Rally2 alignées feront le spectacle et concentreront l’attention : on y retrouve les grands noms du championnat, ces pilotes qui arpentent les routes de France avec la régularité d’un facteur suisse et l’agressivité d’un vendeur de panneaux solaires. Yoann Bonato égratigné avec une bataille au dixième de secondes face à Eric Camilli notamment à l’occasion du Charbonnières devra se livrer sans retenue pour conserver sa place de leader au championnat. Attention également aux jeunes loups aux dents longues qui se verraient bien confirmer de belles prédispositions avec un résultat à la hauteur de leurs ambitions. Dans la catégorie GT+, la lutte s’annonce également particulièrement torride avec une belle baston attendue de virages en virages.

Derrière, les autres catégories ne sont pas en reste, avec une armée bigarrée de pilotes régionaux venus se mesurer aux cadors nationaux. Certains repartiront avec des souvenirs, d’autres avec une voiture à moitié intacte, mais tous auront contribué à cette ambiance bien particulière d’un rallye où chaque corde peut devenir une tombe mécanique.

59 ans de palmarès : l’élite et les artisans du grip

Depuis 20 ans, Antibes a vu défiler une brochette de vainqueurs dont certains pourraient écrire un manuel de pilotage, d’autres un guide de survie. Les plus récents ?

  • Eric Camilli vainqueur “à domicile” l’an passé
  • Yohan Rossel, vainqueur 2019, désormais en leader du WRC2.
  • Yoann Bonato, doublé en 2022 et 2023, ambassadeur du style efficace sans bavure.
  • Nicolas Ciamin, l’excentrique qui plaçait une Alpine tout en haut des classements en 2021. C’était la 7eme victoire d’une Alpine A110 toutes générations confondues. Chez les constructeurs, Alpine y compte 7 succès à égalité avec Peugeot.

Plus loin dans le temps, Bernard Beguin reste le recordman de l’épreuve avec 6 succès (1979,1980,1982,1987,1988,1991). Introduit en 1973 en Championnat de France sous l’appellation Rallye des Roses (associé au Criterium Alpin), le traditionnel Rallye d’Antibes reste indéniablement un “must”…un genre de Monte Carlo sans la neige et par des températures printanières…toute autre approche !

L’épreuve fut aussi manche européenne entre 1992 et 2011, attirant de temps à autre des étrangers téméraires venus goûter aux routes françaises… avant de repartir perplexes avec une boîte de vitesses dans le coffre et une nouvelle définition du mot “piège”. Cette année, pas moins de 6 nationalités dans diverses catégories feront chantonner des harmoniques différentes dans les paddocks – Danemark, Italie, Belgique, Suisse, Hollande et Grande Bretagne dans l’ordre de la liste des engagés.

En résumé : une épreuve pour puristes (et masochistes éclairés)

Le Rallye d’Antibes, c’est cette épreuve où tout est à la fois magnifique et un peu cruel. Les paysages sont dignes d’une carte postale, mais les routes vous rappellent à la réalité avec la délicatesse d’un coup de latte dans les côtes. Les pilotes s’y battent à coups de dixièmes, les mécanos pleurent sur les freins et les pneus, et les spectateurs, eux, profitent du spectacle entre deux merguez surchauffées et un pastaga toujours glacé.

Ce week-end, le rallye se vit à l’ancienne : avec du bruit, de la glisse, des trajectoires tendues comme des ressorts, et une bonne vieille odeur d’embrayage cramé.

Bref, un rallye comme on les aime. Surtout quand on a un peu mauvais goût aux dires des bobos citadins !

IntituléLongueurLocalRéunionVietnam
Samedi 17 Mai
ES1 Gréolières14,730km09h1411h1414h14
ES2 Col de Bleine125,780km09h3611h3614h36
ES3 Saint-Antonin122,230km10h4412h4415h44
ES4 Gréolières24,730km15h2117h2120h21
ES5 Col de Bleine225,780km15h4317h4320h43
ES6 Saint-Antonin222,230km16h5118h5121h51
Dimanche 18 Mai
ES7 Levens111,220km08h2010h2013h20
ES8 La Bollène-Turini121,800km08h5910h5913h59
ES9 Col de Braus114,510km09h3711h3714h37
ES10 Levens211,220km13h3415h3418h34
ES11 La Bollène-Turini221,800km14h1316h1319h13
ES12 Col de Braus214,510km14h5116h5119h51
cedric garcia
cedric garciahttps://www.motorsmag.fr
Grand sorcier du monde automobile, plume aiguisée, journaliste aguerri et reconnu, présentateur hors-pair.

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