Attachez vos harnais et sortez les coupe-vents : le cirque du WEC s’apprête à déballer son chapiteau détrempé à Spa-Francorchamps, théâtre de la troisième manche de la saison. Une course de six heures seulement, diront les esprits chafouins, mais ne vous y trompez pas : c’est bel et bien l’ultime répétition chronométrée avant que ne s’ouvrent les portes de l’enfer logistique, émotionnel et mécanique des 24 Heures du Mans. Et dans les Ardennes, la météo, c’est toujours une surprise. Au mieux, une loterie. Au pire, un coup de poker météorologique où l’on joue sa course à chaque goutte tombée.
Un circuit mythique,
Niché au cœur des Ardennes belges — là où il pleut même quand il fait sec — le circuit de Spa-Francorchamps, version 7 kilomètres, reste l’un des derniers bastions de la vitesse avec un (gros) soupçon de terreur. Ce ruban d’asphalte mythique serpente entre forêts, dénivelés et nuages orageux avec l’élégance d’un boa affamé. L’Eau Rouge, cette montée suicidaire à l’aveugle, fait encore office de rite d’initiation pour les pilotes : on y passe à fond, ou on y reste. Ceci explique sans doute pourquoi les argentiers de la F1 – devenue si frileuse – semblent préférer le confort illusoire sans âme de tracés urbains type Miami ou Madrid à venir plutôt que les monument d’Hommes !

Connu pour sa météo bipolaire — pluie sur la ligne droite, soleil au Bus Stop — Spa se moque du confort et de la logique. Ici, les stratégies fondent comme des pneus pluie en pleine canicule, et le moindre excès d’optimisme se règle dans le rail.
Ce temple de la vitesse n’a cure des circuits en plastique de la génération PlayStation : pas de dégagements façon parking d’hypermarché, ici on frotte du vrai mur. On y vient pour souffrir, vibrer, et parfois gagner. Surtout souffrir. Mais tous s’accordent : Spa, c’est sacré. Parce que quand tout s’aligne, quand le chrono descend, et que l’Eau Rouge ne vous recrache pas en vrac, on touche du doigt ce que le sport auto a de plus pur… et de plus impitoyable.
Ferrari en patron, Porsche en panique maîtrisée

À l’avant du peloton, Ferrari débarque à Spa comme le roi du bal, collier d’immunité autour du cou, double victoire en poche (n°50 au Qatar, n°51 à Imola) et avec la ferme intention de rappeler à tout le monde que non, les Italiens ne sont pas là juste pour faire joli avec des voitures rouges. La 499P a arrêté de surchauffer et commencé à gagner — ce qui est déjà un miracle. Spa, ses longues lignes droites et ses freinages à l’arrache, pourrait bien convenir aux V12 milanais… pardon, hybrides réglementaires homologués. Pour l’heure triplé sur le podium pilotes et avance de 29 points chez les constructeurs…
En face, Porsche fait ce qu’elle sait faire depuis deux saisons : faire semblant de savoir ce qu’elle fait. Le Team Penske, dont l’alliance germano-américaine produit autant de stabilité qu’une girouette en pleine tempête ardennaise, est venu renforcer ses troupes en urgence. Pascal Wehrlein, fraîchement couronné en Formule E, et Nico Müller, ex-déchiffreur des hiéroglyphes techniques chez Peugeot, viennent prêter main-forte aux 963. L’objectif ? Faire oublier deux premières manches pénibles et surtout ne pas se ridiculiser à domicile dans quatre semaines. P5 au classement constructeurs, ça fait tâche !
BMW : pas de bras, pas de podium ?

Chez BMW, le plan est simple : on roule à deux pilotes. Parce que l’IMSA a kidnappé les Vanthoor brothers, parce que les budgets ne tombent pas des arbres, et probablement parce que le stand WRT est à 40 minutes de là, donc pourquoi se compliquer la vie ? Résultat : deux M Hybrid V8 lancées à l’assaut de Spa avec moins de bras mais, espèrent-ils, plus de cervelle. Spoiler : face à une meute affamée de constructeurs en mode wet mode on, cela risque de faire court.
Aston Martin, de son côté, surfe encore sur son improbable podium d’Imola avec la grâce d’un surfeur belge sur une vague wallonne. Leur THOR Team (on repassera pour la discrétion) tentera de briller devant un public à domicile, en espérant que leur Valhalla à quatre roues ne finira pas au fossé avant la mi-course.
LMGT3 : du sang neuf et des carénages étroits

Dans la nouvelle jungle du LMGT3 — cette catégorie où toutes les voitures sonnent comme un aspirateur de luxe mais où les batailles sont féroces — on note un petit changement chez Akkodis ASP. Ben Barnicoat, cassé en VTT comme un junior en colonie de vacances, est remplacé par Yuichi Nakayama. Un Japonais discret mais solide, un peu comme un sushi au wasabi : pas très flamboyant à première vue, mais capable de vous exploser le nez quand on s’y attend le moins. Il pilotera la Lexus RC F n°78 qui, surprise, a déjà offert un podium à la marque japonaise cette saison. Comme quoi, dans ce chaos réglementaire savamment orchestré par la FIA, tout le monde peut briller… un jour.
Nakayama, le nouveau venu, ne débarque pas en terrain totalement inconnu. Il a tâté du GT World Challenge, du Super GT, du Super Formula, du Super Taikyu, du Super Marché sans doute aussi, et vient de faire quelques tours de Spa histoire de ne pas découvrir le Raidillon au premier tour en live caméra embarquée.
Et maintenant ?

Alors que les écuries préparent leurs camions, que les ingénieurs recopient une fois de plus les datas d’Imola en espérant que Spa y comprenne quelque chose, et que les pilotes s’entraînent à cligner des yeux en pleine aquaplaning, cette troisième manche s’annonce tendue. Ce n’est “que” six heures, mais tout le monde sait que c’est ici que se gagne, ou se perd, Le Mans. Les mises à jour techniques seront testées, les équipes passeront en mode simulation grandeur nature et les égos devront se frayer un chemin entre le trafic, les drapeaux jaunes et les appels de phare rageurs.
En somme, les 6 Heures de Spa s’annoncent comme un condensé d’endurance en format concentré, version express d’un championnat qui ne laisse pas le temps de respirer. Le genre de course où l’on construit les victoires futures, ou où l’on enterre ses espoirs sous la pluie belge.
Messieurs les constructeurs, à vos ailerons. Spa vous attend. Trempée, capricieuse, magnifique. Comme toujours.
| Intitulé | Durée | Local | Réunion | Vietnam |
| Jeudi 8 Mai | ||||
| FP1 | 1h30 | 11h30 | 13h30 | 16h30 |
| FP2 | 1h30 | 16h30 | 18h30 | 21h30 |
| Vendredi 9 Mai | ||||
| FP3 | 1h00 | 11h00 | 13h00 | 16h00 |
| Qualifs GT3 | 15′ | 14h40 | 16h40 | 19h40 |
| Hyperpole GT3 | 12′ | 15h03 | 17h03 | 20h03 |
| Qualifs HY | 15′ | 15h25 | 17h25 | 20h25 |
| Hyperpole HY | 12′ | 15h48 | 17h48 | 20h48 |
| Samedi 10 Mai | ||||
| Course | 6h00 | 14h00 | 16h00 | 19h00 |