Il y a des circuits qui racontent une histoire. D’autres, qui en provoquent une. Le Red Bull Ring, lui, règle des comptes. Niché dans les collines verdoyantes de Spielberg comme une truite dans un torrent alpin, ce petit monstre de 4,318 kilomètres ne paie pas de mine sur le papier. Mais qu’on ne s’y trompe pas : cette piste sépare les hommes des enfants, les audacieux des suiveurs, et les voitures de course des casseroles aérodynamiques.
Alors que la série se divertie à travers des semblants de rêves hollywoodiens, retour à la ferme ce week end. Après une escapade canadienne qui a redistribué les cartes (et fermer le jeu ?) chez les papayes, la Formule 1 redéboule en Europe pour sept week-ends consécutifs de passements de jambe aéro-acrobatiques et de stratégies échafaudées par des gens qui confondent parfois intuition et improvisation. Premier arrêt : le Red Bull Ring, cette sorte de circuit Playmobil planté au milieu des collines autrichiennes sur l’ex A1 Ring.

Avec 4,318 km de bitume et seulement 10 virages, le Red Bull Ring est la preuve qu’on peut faire court, simple et tout de même provoquer migraines et crises de nerfs. Trois grandes lignes droites, une montée vers le virage 3 qui broie les freins et les ambitions, un virage 4 qui casse des reins (et parfois des ailerons), et une descente en toboggan où les plus braves osent encore freiner à vue. Le grip changeant, l’altitude perfide (63 mètres de dénivelé, pas de quoi faire du parapente mais assez pour semer le doute chez les ingénieurs), et les dégagements aussi vastes qu’un parking d’hypermarché transforment chaque erreur en simple anecdote, sauf quand la FIA se met à distribuer les pénalités comme des tracts à la sortie du métro.

Côté plateau, le cirque est bien en place. Oscar Piastri, sacré empereur silencieux de McLaren, continue de dominer son coéquipier Lando Norris avec la froideur clinique d’un chirurgien australien. Cinq victoires cette saison (Chine, Bahreïn, Arabie Saoudite, Miami, Espagne), une aisance tactique, un pilotage millimétré, et une capacité à ignorer les drames de la radio comme s’il écoutait du jazz. Pendant ce temps, Norris se raccroche à ses deux triomphes en Australie et à Monaco, mais après l’erreur commise sur Piastri à Montréal, l’Anglais donne l’impression de s’enfoncer dans un complexe de numéro 2. Lequel des deux pliera le genou le premier ? À Woking, on sort les pop-corns.

Chez Ferrari, Lewis Hamilton continue d’explorer les joies de la reconversion. Le septuple champion du monde, désormais vêtu de rouge sang, alterne entre envolées lyriques le samedi et déceptions stratégiques le dimanche. Leclerc, stoïque, ronge son frein (et probablement son contrat), condamné à jouer les victimes collatérales d’une équipe toujours aussi imaginative… mais rarement dans le bon sens.

Mercedes, de son côté, vit sa thérapie de groupe avec George Russell en psychologue titulaire qui vient de signer sa première victoire de la saison et Kimi Antonelli en patient prometteur. Le jeune Italien apprend vite mais découvre que la F1 moderne est moins un rêve qu’un sport de combat sous perfusion réglementaire. L’écurie de Brackley rame, sans naufrager, mais on ne sent pas encore de vent arrière décisif.

Et chez Red Bull, l’ironie atteint son sommet : Verstappen, chouchou de la maison, n’est plus l’intouchable qu’il était. L’ogre des dernières saisons enchaîne les contre-performances et les haussements de sourcils. Cinq podiums depuis le début de saison dont deux victoires (Japon et Emilie Romagne). Des séances de qualif anémiques compliquées (4 poles : Arabie Saoudite, Japon, Miami, Autriche), une monoplace qui semble allergique aux réglages modernes, et des signaux nerveux qui clignotent comme un sapin de Noël. À domicile, à Spielberg, Red Bull a donc tout à prouver. Et l’écurie autrichienne semble redécouvrir qu’un moteur Honda n’est pas un totem magique.

À l’arrière du peloton, les stratèges amateurs se multiplient. Carlos Sainz, relégué chez Williams, continue de démontrer qu’il sait encore se battre pour des miettes de points comme un chef. La FW47 est ce qu’elle est – un grille-pain aérodynamique – mais l’Espagnol la fait chanter. Chez Aston Martin, Alonso fait de la figuration avec dignité pendant que Stroll, tel un héritier maudit, continue à saboter des séances sans sourciller.

Bref, ce Grand Prix d’Autriche s’annonce tendu. Le paddock va enchaîner avec Silverstone une semaine plus tard. Autant dire que personne n’a intérêt à casser du carbone en Autriche, sous peine de bricoler avec des bouts de scotch. La tension monte, les masques tombent, et ceux qui dominaient hier doivent impérativement se ressaisir si tant est que leur monture le leur permette.
Alors, qui sortira vainqueur de cette mini-cuvette alpine aux allures de salle de gym pour millionnaires ? Piastri semble plus que jamais l’homme à battre. Et si Red Bull ne se ressaisit pas ici, à la maison, la rébellion orange-papaye pourrait bien se transformer en putsch.
Allez, moteur.
| Intitulé | Durée | Local | Réunion | Vietnam |
| Vendredi 27 Juin | ||||
| FP1 | 60′ | 13h30 | 15h30 | 18h30 |
| FP2 | 60′ | 17h00 | 19h00 | 22h00 |
| Samedi 28 Juin | ||||
| FP3 | 60′ | 12h30 | 14h30 | 17h30 |
| Qualifs | 60′ | 16h00 | 18h00 | 21h00 |
| Dimanche 29 Juin | ||||
| Course | 71 tours | 15h00 | 17h00 | 20h00 |