Les chiffres ne mentent jamais. Ils n’ont pas d’affect, pas de passion, pas de préférence pour la couleur d’un écusson. Mais parfois, ils font rire. Jaune. A la lecture de la liste des engagés du 56e Tour Auto de La Réunion, on se dit qu’il y a quelque chose de réconfortant dans la constance — ou d’inquiétant, selon votre degré de tolérance aux constructeurs tricolores. Parce qu’en matière de diversité, on repassera.
104 équipages annoncés : c’est le plus gros plateau moderne de la saison. Et qui occupe les trois marches du podium des marques représentées ? Suspense… Non, aucun suspense : Peugeot, Citroën, Renault. Cocorico malgré la présence de 13 constructeurs (oui, j’ai sciemment associé Citroën et DS, ne chipotons pas !).
Peugeot, Citroën, Renault : la Sainte-Trinité des rallyes réunionnais

Sur ces 104 voitures modernes, Peugeot écrase le terrain avec 37 engagés. Soit plus d’un tiers du plateau (35,58%, si vous aimez la précision chirurgicale). On pourrait presque croire à un hommage déguisé à Sochaux. Non seulement Peugeot est partout, mais dans 13 classes de cylindrée différentes. À croire que chaque garage de l’île cache une lionne prête à sortir pour le Tour Auto.

En deuxième position, Citroën, avec 28 autos alignées (26,92% soit plus du quart de la liste), s’incruste dans 10 classes. C’est plus que respectable. Surtout quand on sait que l’essentiel des châssis sont entièrement montés et bichonnés sous nos tropiques.

Enfin, Renault, jamais très loin quand il s’agit de faire nombre, complète le podium avec 18 voitures (17,31%) réparties dans 7 catégories. La marque au losange fait moins dans la variété, mais elle compense par sa montée en puissance stratégique (on y revient juste après).
| Pos | Constructeur | Engagés | % total | Classes |
| 1 | Peugeot | 37 | 35,58 | 13 |
| 2 | Citroën + DS | 28 | 26,92 | 10 |
| 3 | Renault | 18 | 17,31 | 7 |
| 4 | Skoda | 4 | 3,85 | 1 |
| 4 | Subaru | 4 | 3,85 | 3 |
| 5 | Ford | 3 | 2,88 | 2 |
| 6 | Volkswagen | 2 | 1,92 | 1 |
| 6 | Mitsubishi, Opel | 2 | 1,92 | 2 |
| 7 | BMW, Séat, Honda, Porsche | 1 | 0,96 | 1 |
Total de ce podium franco-français ? 83 voitures sur 104, soit 79,81% du plateau. Oui, presque 80% des concurrents roulent en voiture made in France. Pas besoin de loi de protection du patrimoine ici, c’est un rallye ou une célébration du CAC 40 de l’automobile hexagonale ?
Top modèles : Clio, C2, 206 — le trio qui fait vibrer… les contrôleurs techniques
Sortons un instant du logo pour parler carrosseries concrètes. Là aussi, les statistiques sont claires comme de l’huile de vidange avant le départ. 25 modèles de carrosseries différentes dans des définitions techniques très très variées…

1. Renault Clio prend les commandes : 15 exemplaires couchés sur la liste des engagés, répartis dans 5 classes de cylindrée. L’essentiel de ces voitures sont arrivées montées et prêtes à rouler pour les générations les plus récentes (Rally3,4 & 5). C’est pas moins des deux tiers de ce type de carrosserie.

2. Citroën C2 : 14 voitures dans 5 classes aussi. La star des rallyes amateurs depuis 2004. Un peu comme ces tubes d’été qui reviennent chaque année : on ne les aime pas vraiment, mais ils sont là, persistants, indémodables, collants. Gardez toujours u oeil sur ces voitures. Certes elles sont moins performantes que les bolides plus jeunes, mais ces vénérables voitures ont autrefois été championnes pour les meilleures d’entre elles. Ce ne sont pas des mamies mais bien des MILF. C’est pas Moins qui dira le contraire. Toujours prêtes à accueillir des petits jeunes à son bord !

3. Peugeot 206 : 12 modèles, toujours dans 5 classes. Et si vous croyez que la 206 a pris sa retraite, détrompez-vous. Même génération, même attrait de nombre de jeunots pour ces MILF au caractère bine trempé et qui bouge encore très bien. Dans les rallyes réunionnais, elle est à peu près aussi indispensable que la charrette en bord de route en période de coupe de canne.
| Pos | Intitulé | Engagés | % marque | classes |
| 1 | Renault Clio | 15 | 83,33 | 5 |
| 2 | Citroën C2 | 14 | 50,0% | 5 |
| 3 | Peugeot 206 | 12 | 32,43% | 5 |
| 4 | Peugeot 106 | 10 | 27,03% | 4 |
| 5 | Peugeot 208 | 7 | 18,92% | 2 |
| 5 | Citroën Saxo | 7 | 25,0% | 2 |
| 6 | Citroën C3 | 4 | 14,29 | 1 |
| 6 | Subaru Impreza | 4 | 100,0% | 3 |
| 7 | Ford Fiesta | 3 | 100,0% | 2 |
| 7 | Peugeot 207 | 3 | 8,11% | 3 |
| 8 | VW Polo | 2 | 100,0% | 1 |
| 8 | Peugeot 205 | 2 | 5,41% | 2 |
| 8 | Peugeot 306 | 2 | 5,41% | 1 |
| 8 | Mitsu’ Lancer | 2 | 100,0% | 2 |
| 8 | DS3 | 2 | 7,14% | 2 |
| 8 | Renault Mégane | 2 | 11,11% | 1 |
| 8 | Opel Corsa | 2 | 100,0% | 2 |
Toujours à la baston
Alors oui, il y a 13 classes de cylindrée pour Peugeot. Dix pour Citroën. Six pour Renault. On pourrait croire à un ballet mécanique d’une grande richesse. Mais dans les faits, on a surtout une répétition bien huilée de quelques modèles usés jusqu’au carter. L’exotisme mécanique ? Aux abonnés absents.
Les autres marques en deviennent presque folkloriques avant le départ. Le Tour Auto 2025, sur le papier, c’est un peu comme un menu où 80% des plats s’appellent “gratin de Peugeot” ou “fondue de Clio”. Appétissant ? Peut-être. Surprenant ? Jamais.

Toutefois, dès le départ de 3 Bancs donné, les statistiques s’effacent devant le chrono. Ainsi même si elles sont minoritaires, nombre de marques “étrangères” se révèlent avec en point de mire non pas les stats de départ mais bien la victoire à l’arrivée. Ainsi, malgré sa sur-représentation dans le paddock, Peugeot ne dispose d’aucune arme pour se battre pour la victoire finale. La quantité est bien là, concernant la qualité, on attendra l’arrivée du Tour le 27 Juillet.
À La Réunion, les GTI sont devenues des légendes urbaines. Ici, on bricole, on optimise, on ressuscite. Chaque caisse qui prend le départ a probablement connu trois vies voire plus, deux swaps moteurs, un mariage avec un faisceau électrique d’un autre modèle, et une bénédiction au Start Pilote.
Tour Auto ou Ronde du Contrôle Technique ?
À force d’aligner les 206, Clio, C2, et autres reliques encore vaillantes, on finit par se poser une question : est-ce encore un rallye ou une vaste opération de stress test pour pièces détachées ? Les concessionnaires de l’île et fournisseurs hexagonaux de pièces à vocation sportive doivent bénir le calendrier du Tour Auto autant que les pilotes eux-mêmes.

Et pourtant, le niveau monte, année après année. La performance se joue aujourd’hui à coups de boîtiers reprogrammés, de suspensions de chirurgiens et de kits carrosserie surdimensionnés. Derrière le dénominateur commun de la carrosserie tricolore, c’est toute une guerre de détails qui fait rage. Le vrai combat ? Pas entre Peugeot et Citroën. Mais entre la 206 de Kréol Racing Team et la C2 du Tangue Compétition, à composants égaux, mais à préparation inégale.
Heureusement les amateurs éclairés jouent le jeu !
Le Tour Auto 2025 s’annonce comme une belle foire d’empoigne mécanique, avec une domination quantitative française qui n’engrange toujours pas d’appui sérieux et réel de la part des importateurs. C’est la version automobile du Tour de France : les mêmes couleurs, les mêmes marques, les mêmes figures… mais une dose de créativité artisanale qui empêche l’ennui total.
Alors non, ce plateau ne fera pas rêver un ingénieur de chez M-Sport. Mais il a un charme fou : celui de l’acharnement, de la débrouille, du “on y va quand même, même avec une C2 de 2007”.
Et à la fin ? Ce n’est pas toujours la voiture la plus chère qui gagne sa catégorie. Parfois, c’est celle dont le pilote et le team ont su mettre du cœur, du grip, et deux doigts de folie dans les 1696 virolos au programme de ce 56eme Tour Auto.