Chaque printemps, pendant que le commun des motards ajuste son cuir pour la balade dominicale à 90 km/h sur la départementale du coin, une poignée d’illuminés à la visière bien vissée décide de danser avec la mort sur l’île de Man. Le Tourist Trophy — ou TT pour les intimes et les casse-cous — est une anomalie temporelle, un vestige de l’ère où les hommes se rasaient au whisky et signaient des décharges avant d’ouvrir les gaz. Bienvenue sur les 60,72 kilomètres du tracé le plus fou, le plus rapide et, sans le moindre doute, le plus mortel du sport mécanique. Deux semaines de poignée dans l’coin au menu avec les phases de qualifs de Mardi au Vendredi 29 Mai tous les jours de 18h30 à 21h30. Dès ce week end et pour une semaine pleine, plusieurs courses par jour !
Un circuit à vous faire passer le Nürburgring pour une piste de kart
Le Mountain Course n’a rien d’un circuit. C’est un ruban de bitume où les lignes blanches sont encore là pour faire joli, traversant villages, haies, murets, poteaux, trottoirs, dos-d’âne et, parfois, la brume écossaise. Le tout à des vitesses qui flirtent avec l’indécence.

Le record absolu du tour appartient à Peter Hickman : 16 minutes et 36,115 secondes en 2023. Oui, un tour en moins de 17 minutes, soit une vitesse moyenne de 136,358 mph (219,4 km/h). Moyenne. Cela signifie que pendant que vous hésitez entre la deuxième et la troisième dans un rond-point, lui prend une courbe entre deux murs en cinquième à 290 km/h.
Les vitesses de pointe dépassent régulièrement les 330 km/h, en pleine ville, à deux mètres des vitrines et des pubs. Sur une route à double sens. Avec les bosselures d’un chemin vicinal et les bouses de vache en option. La course principale (le 7 Juin cette année) propose 6 tours du circuit infernal, 364,26km taquet ++ chaque mètre !
Le TT : un hommage annuel à Darwin
Ce n’est pas pour rien qu’on surnomme le TT « la course la plus dangereuse du monde ». À juste titre. Le palmarès funèbre s’allonge chaque année, comme une litanie tragique. Depuis sa création en 1907, plus de 260 pilotes ont laissé leur peau sur l’île. En 2022, six décès ont été recensés, confirmant que le Mountain Course ne fait pas de cadeau.
Il ne s’agit pas ici de tomber dans la caricature morbide. Ceux qui participent au TT ne sont ni inconscients ni suicidaires. Ils sont, au contraire, conscients comme personne que chaque virage peut être le dernier. Mais le TT n’a jamais prétendu à la sécurité. Il prétend au courage, à l’audace, à la tradition. Et c’est aussi ce qui le rend unique — et intenable pour beaucoup.
Les systèmes de sécurité modernes n’y sont qu’en filigrane : pas de bacs à graviers, peu d’airfences, zéro échappatoire. À Bray Hill, le bitume descend comme une piste de luge, et les motos y tapent les 300 dès la deuxième vitesse. À Ballaugh Bridge, elles décollent sur un pont en pierre comme des fusées sans aile. Et chaque muret, chaque maison, chaque arbre est là pour vous rappeler que l’erreur n’est pas permise.
Dunlop : un nom, une légende, une tragédie

Parler du TT sans évoquer les Dunlop, c’est comme parler du Tour de France sans mentionner les cols. Joey Dunlop, le patriarche, reste l’icône avec 26 victoires entre 1977 et 2000. Un palmarès à faire rougir Rossi et Agostini. Il est l’âme du TT, adulé au point qu’une statue à son effigie trône au sommet de Snaefell Mountain. Joey, c’était l’élégance du geste, la rigueur du mécano, et une humilité rare dans ce sport d’égo sur deux roues.

Mais la dynastie Dunlop est aussi celle du sang versé. Robert, le frère de Joey, s’est tué en 2008 à la North West 200. Son fils, Michael, pilote encore aujourd’hui, avec un record de 29 victoires à son actif — et surclasse donc son oncle. Il pilote avec les fantômes dans les rétros, et un panache qui laisse les spectateurs bouche bée à chaque passage.
L’incompréhensible fascination
Le TT n’est pas une course comme les autres. C’est un rituel païen. Les pilotes y viennent en quête de gloire ou de rédemption, les spectateurs campent des jours pour apercevoir une moto passer à Mach 2 entre deux haies. On ne vient pas au TT pour la logique, on y vient pour l’émotion brute, la chair de poule, le bruit sourd des moteurs qui déchirent l’air.

Même les marques y vont avec précaution. Honda, Yamaha, BMW, Triumph, tous savent qu’un succès au TT ne se mesure pas en points, mais en légende. Une victoire ici vaut mille podiums en WorldSBK. Même si elle peut coûter un pilote.
Et pour ceux qui rêvent d’y aller : non, ce n’est pas une course qu’on regarde en streaming le dimanche midi. C’est une messe hurlante dans le silence de l’île. Une célébration d’un temps où l’on roulait vite, sans airbags, sans ABS, sans excuses.
Une anomalie nécessaire ?
Alors que le sport mécanique se noie dans les réglementations, le TT reste une anomalie glorieuse. Ce n’est pas un exemple à suivre. Ce n’est pas raisonnable. Ce n’est pas sûr. Mais c’est nécessaire. Parce qu’il rappelle que le sport, parfois, doit défier la logique. Que les records ont un prix. Que les légendes ne naissent pas dans le confort, mais dans l’effroi.
Alors à tous ceux qui, chaque année, viennent affronter la montagne : chapeau. Et bonne chance. Car ici, plus qu’ailleurs, le talent ne suffit pas. Il faut du cœur, de la foi, et peut-être un brin de folie.
| Intitulé | Local | Réunion | Europe | Vietnam |
| Samedi 31 Mai | ||||
| Supersport Race1 | 10h45 | 13h45 | 11h45 | 16h45 |
| Sidecar Race1 | 14h00 | 17h00 | 15h00 | 20h00 |
| Dimanche 1er Juin | ||||
| Superbike Race | 13h30 | 16h30 | 14h30 | 19h30 |
| Mardi 3 Juin | ||||
| Superstock R1 | 10h45 | 13h45 | 11h45 | 16h45 |
| Supertwin Race1 | 14h00 | 17h00 | 15h00 | 20h00 |
| Mercredi 4 Juin | ||||
| Supersport Race2 | 10h45 | 13h45 | 11h45 | 16h45 |
| Sidecar Race2 | 14h00 | 17h00 | 15h00 | 20h00 |
| Vendredi 6 Juin | ||||
| Superstock Race2 | 10h45 | 13h45 | 11h45 | 16h45 |
| Supertwin Race2 | 14h00 | 17h00 | 15h00 | 20h00 |
| Samedi 7 Juin | ||||
| Seniors TT | 10h45 | 13h45 | 11h45 | 16h45 |