Quentin Prugnières… Ce nom sent bon le soleil, les embruns et les échappements chauds. Le gamin du bout du monde, flanqué de son numéro #319 comme d’autres traînent des tatouages tribaux pleins de sens qu’ils ont oubliés poursuit sa marche vers les sommets. Voilà que notre Réunionnais préféré vient de poser ses crampons dans l’arène des gladiateurs modernes : le MXGP. Rien que ça. Et pas pour faire de la figuration, non. Pour claquer des points, s’il vous plaît. P16 puis P15 à Loket, République Tchèque. Le genre d’endroit où les pilotes se font rincer les dents par les ornières dès le tour de chauffe.
Il faut quand même s’arrêter deux secondes sur le tableau : changement d’équipe en cours de saison, exit le MX2 avec WZ Racing et KTM, saut dans une catégorie où même les moustiques font du 0 à 100 en moins de 3 secondes, adaptation à une nouvelle bécane – Honda SR Motoblouz pour les amateurs de sigles qui claquent – et malgré tout, Quentin reste dans le bon wagon. Pas un tour de retard, pas de mains en l’air au bord de la piste, pas de roulé-boulé dans le grillage. Non, monsieur. Le garçon a serré les dents, avalé la poussière et claqué ses premiers points « chez les grands ». Pour l’heure 2026 n’est pas encore dessiné et à tout juste 20 ans Quentin peut éventuellement opter pour un retour en MX2 si “ça ne matche pas”.
De la Réunion à Loket : l’ascension improbable

Pour ceux qui l’ont vu rouler à La Possession, à Bras Panon ou au Tampon, le choc doit être rude. Autrefois petit protégé des dimanches après-midi boueux, voilà que le gars roule désormais entre des anciens champions du monde et des bêtes de course élevées au Red Bull et aux kinés personnels. Mais Quentin n’a pas la tremblote. Il roule propre, il ne décroche pas, et surtout – sacrilège évité – il n’a pas été doublé par le vainqueur. Ce détail peut sembler futile à ceux qui confondent motocross et balade en VTT électrique sur sentier de bord de mer. Mais pour les autres, ceux qui savent, c’est une ligne de CV en or massif. Se faire prendre un tour, c’est l’humiliation suprême. Et notre 319 a dit non, merci alors qu’il déroulait sa première confrontation en MXGP. C’est en raison des blessures de Kevin Horgmo et Alberto Forato (les pilotes habituels du team français) qu’une porte s’est ouverte pour Quentin au sein du team Honda SR Motoblouz. Pour l’heure l’objectif est de pouvoir se rapprocher du top10 et l’ambiance au sein du team tricolore et la méthode de travail semblent convenir à notre réunionnais.
La Honda, le saut de la foi et le bac à sable belge
Alors oui, certains râleront : P15 et P16, ce n’est pas exactement la une des journaux. Mais dans une catégorie où les places se jouent à coup de dixièmes et de nerfs d’acier, Quentin a clairement montré qu’il n’était pas venu pour faire du tourisme. Et ce n’est qu’un début. Le week-end prochain, c’est Lommel, le terrain de jeu préféré des enfants traumatisés par le bac à sable. Une piste si sablonneuse qu’on se demande parfois si ce n’est pas une punition divine pour les motocyclistes arrogants. Mais justement, notre homme se sent plutôt bien sur cette surface malgré l’ultra difficulté de Lommel. Il y a quelques années, il y avait claqué la victoire au Touquet en catégorie Junior. Pas mal pour un gamin venu de l’île où les pistes de sable, eh bien, on les importe en sac de 25 kg. Comprenez bien l’essentiel, Quentin est engagé en Mondial…en MONDIAL de la catégorie reine !
Une fierté locale… avec des résultats internationaux

Alors bien sûr, à La Réunion, on s’enflamme. Et à juste titre. Voir un des nôtres batailler avec les cadors de la planète, ça fait vibrer la fibre locale. Les oncles ressortent les photos de lui en 65cc, les voisins se rappellent l’avoir vu s’entraîner « là-haut, pas loin du champ de canne », et certains parlent même d’avoir changé une roue pour lui, une fois, entre deux pains bouchons gratinés. C’est beau, c’est attendrissant. Mais il faudra autre chose que de la nostalgie pour tenir le rythme du MXGP.
Parce qu’on ne va pas se mentir : dans cette catégorie, les erreurs ne pardonnent pas, les blessures guettent, et les carrières peuvent s’arrêter plus vite qu’un freinage de James Stewart dans un virage en dévers. Quentin, lui, semble avancer prudemment mais sûrement. Pas de grandes déclarations, pas de coups d’éclat artificiels. Juste du boulot, de la constance, et une montée en puissance aussi discrète qu’efficace.
Un pied dans la légende, l’autre sur le sélecteur
Soyons clairs : personne n’attendait Prugnières tout de suite à ce niveau. Pas après un changement d’équipe, pas dans ces conditions. Mais il y est. Il roule, il marque, il apprend. Et surtout, il ne se fait pas humilier. C’est déjà plus que ce que certains vétérans peuvent dire après plusieurs saisons. Quentin semble avoir compris quelque chose de fondamental : dans le MXGP, ce n’est pas celui qui part le plus vite qui gagne, c’est celui qui reste debout quand les autres ont tout perdu. Et pour le moment, il tient bon.
Conclusion : gardez un œil sur le 319

Alors oui, on pourrait faire des effets de manche. Parler d’étoile montante, de fierté ultramarine, de champion en devenir. Mais laissons ça à certains en mal de sensationnalisme. Quentin Prugnières est surtout un bosseur. Un mec qui, depuis son île lointaine, a coché toutes les cases une à une, sans jamais brûler les étapes. Et maintenant qu’il est dans la cour des grands, il ne compte visiblement pas repartir avec un T-shirt souvenir.
Il roule. Il marque. Il apprend. Et il est loin d’avoir fini.
Gardez vos lunettes, ça risque de voler bas et de mordre la poussière. Mais le 319, lui, semble bien décidé à viser le sommet – à sa manière. Tranquille, méthodique. Et sacrément prometteur.