mercredi, septembre 9, 2026

Un scratch à moins de 24 minutes !?

Bienvenue à Sainte-Suzanne, charmante localité du nord-est de l’île de La Réunion, où le Championnat des Rallyes a décidé de jouer à la roulette russe avec un barillet chargé de chronos microscopiques. Deuxième manche du championnat 2025, ce rallye régional – dans le format, pas dans l’impact – se veut aussi intense qu’un shot d’espresso dans un train lancé à 300 km/h : court, nerveux, et potentiellement explosif.

Derrière ses airs de balade dominicale entre cannes à sucre et virages serrés, cette épreuve du Samedi 10 mai est en réalité un concentré de sport mécanique à l’état pur : 32,160 kilomètres face au chrono, répartis en deux spéciales à faire trois fois chacune sous forme de boucles. C’est court. C’est même tout petit. Mais c’est précisément ce qui en fait tout l’enjeu : le moindre dixième de seconde devient un lingot d’or au classement général.

Ultra-sprint et maxi pression

Ici, on ne parle pas de stratégie sur 150 bornes, ni d’usure des gommes au fil des heures. Non. À Sainte-Suzanne, c’est mode “attaque totale” ou “flat out” pour nos amis anglo-saxons dès les premiers mètres. Avec des chronos qui se jouent entre 5,900 km pour Renaissanceet 4,820 km pour Victor Bellier, tout se passe dans les nerfs, les poignets et l’instinct. En clair : pas le temps de respirer, encore moins de réfléchir.

Le top de la catégorie mettra moins de 23 minutes et 15 secondes à avaler l’ensemble des spéciales (en partant sur une moyenne de 83km/h) soit même pas le temps d’un épisode sur Netflix. Mais ne vous y trompez pas, l’enjeu est colossal : une victoire, même sur ce rallye au format “snack”, c’est 102 points dans la besace contre 86 pour le deuxième (si, bien sûr, ils partagent la même cylindrée). Et ces 16 points peuvent bien décider d’un titre ou d’un éternel accessit en fin de saison.

La guerre du dixième

Comme souvent en rallye sprint, c’est la précision chirurgicale qui paiera. Chaque virage raté, chaque freinage un peu tardif, chaque glisse incontrôlée, c’est une volée de places qui s’envole. Le classement ne pardonnera rien. Et vu que les temps de liaison gonflent le chrono total à près de 2h44, autant dire que les équipages auront tout le loisir de cogiter entre deux sprints, façon coureur de 100 mètres enfermé dans une salle d’attente.

Le contraste est saisissant : 23 minutes de feu, 2h20 de transition molle (hors temps de présence en parcs de regroupement et d’assistance). Mais c’est justement ce format qui rend la discipline aussi unique qu’impitoyable. Les pilotes devront savoir mettre en température leurs gommes nouvelle génération en moins de 1,5 km, ajuster les pressions entre 2,25 et 2,35 bar, et surtout sortir les griffes immédiatement. À ce jeu-là, ceux qui jouent à l’économie resteront sur le bas-côté.

Coefficient 2, impact 10

Certains pourraient croire que ce rallye régional n’est qu’une formalité. Une épreuve “de passage”, coincée entre deux manches plus “prestigieuses” et notamment un simple entrainement en vue du Tour Auto. Grave erreur -en tous cas pour celles et ceux qui jouent un titre. Avec son coefficient 2, Sainte-Suzanne rapporte tout de même de précieux points. Et à ce niveau-là du championnat, chaque point engrangé (ou perdu) est une pierre de plus dans la construction d’un sacre… ou d’un naufrage.

Ce rallye sera le théâtre d’une guerre des nerfs autant que d’un duel mécanique. Car au-delà du chrono, c’est la capacité à se mobiliser sur commande, à performer froid, qui fera la différence. Le genre d’épreuve qui révèle les durs, les vrais, les mieux préparés, ceux qui transforment chaque virage en déclaration de guerre et chaque freinage en acte de foi.

Conclusion : petit mais costaud

Le Rallye de Sainte-Suzanne, avec ses 32 kilomètres de chronos sous haute tension, ne sera pas le plus long, mais peut-être le plus spectaculaire. Il sera sans aucun doute l’un des plus décisifs. C’est souvent dans ces formats ramassés que se jouent les grandes destinées : une glissade, un dixième envolé, et c’est toute une saison qui tangue.

Alors, à ceux qui prendraient ce rallye de haut, sous prétexte de kilométrage rachitique, on rappelle que les grands champions se forgent souvent dans les épreuves les plus compactes. Et que parfois, la route la plus courte est celle qui mène directement à la gloire… ou à la sortie de route.

cedric garcia
cedric garciahttps://www.motorsmag.fr
Grand sorcier du monde automobile, plume aiguisée, journaliste aguerri et reconnu, présentateur hors-pair.

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