samedi, octobre 17, 2026
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Un titre de Champion comme au-revoir…

Nicolò Bulega voulait devenir Champion du Monde à domicile. Il l’est. Pour autant, il n’a remporté aucune des trois courses de Cremona, toutes raflées par son équipier Iker Lecuona. Pas vraiment un problème : les deux hommes disputaient les mêmes courses mais ne poursuivaient plus tout à fait le même objectif. L’Espagnol voulait gagner le week-end, l’Italien devait terminer le travail d’une saison. Mission accomplie avant de refermer son chapitre WorldSBK et de rejoindre VR46 en MotoGP en 2027. Il reste néanmoins deux meetings au programme de cette saison 2026 WorldSBK.

Il y avait pourtant de quoi commencer à se poser quelques questions vendredi soir. Nicolò Bulega avait chuté en FP1. Puis encore en FP2. Deux séances, deux passages au sol au moment précis où apparaissait sa première véritable balle de match pour le titre mondial. Une anomalie pour un pilote qui avait jusque-là traversé sa saison avec une régularité insolente et une collection de records divers et variés tout autant. Pendant ce temps, Iker Lecuona terminait en tête des deux séances. Et pas simplement parce que son équipier avait laissé quelques morceaux de confiance dans les dégagements de Cremona : avec un temps idéal à seulement sept millièmes de l’idéal absolu de la FP2, l’Espagnol exploitait presque complètement ce que sa Ducati lui permettait de faire. 

La question pouvait donc être posée. Bulega commençait-il à sentir le poids du titre ?

Lecuona ne joue pas les figurants

Le samedi n’allait surtout pas permettre de la refermer immédiatement. Lecuona prenait la pole pour 44 millièmes devant Bulega avant de transformer cet avantage en victoire lors de la Race 1. Et cette fois, aucune chute de l’Italien pour expliquer l’écart : l’Espagnol possédait également le meilleur tour en course et terminait avec 5”591 d’avance. Un gouffre !

Bulega expliquait alors avoir perdu une partie de son feeling après ses chutes du vendredi et, surtout, avoir compris que son équipier était plus rapide. Plutôt que d’aller chercher quelques points supplémentaires en augmentant le niveau de risque, il sécurisait donc sa deuxième place. Pas encore champion. Mais toujours largement en tête du championnat. La nuance allait devenir essentielle le lendemain.

Même course, objectifs différents

Car dimanche matin, rien ne change vraiment. Lecuona gagne la Superpole Race après avoir mené les dix tours. Bulega termine encore deuxième à 2”005. Petit détail délicieux : cette fois, c’est pourtant Bulega qui signe le meilleur tour, en 1’27”783 contre 1’27”834 pour son équipier. 51 millièmes seulement. La vitesse existe donc toujours. Mais celui qui doit absolument transformer cette vitesse en victoire n’est plus nécessairement celui que l’on croit. Race 2 pousse encore plus loin la démonstration. Lecuona prend la tête au départ et mène les 23 tours. Il gagne avec 8”590 d’avance sur Bulega qui s’était accroché durant les deux premièrs tiers de course. Pourtant, leurs meilleurs tours respectifs ne sont séparés que de 44 millièmes : 1’28”122 contre 1’28”166. 

Sur un tour, presque rien. À l’arrivée, presque neuf secondes. Entre les deux, simplement deux objectifs différents. Lecuona peut courir pour gagner Cremona. Bulega, lui, n’a besoin que d’un Top 5 pour devenir Champion du Monde et il est très large P2. Alors pourquoi aller chercher son équipier ?

Il fallait peut-être justement ne rien prouver

C’est probablement la réponse la plus intéressante aux interrogations du vendredi. Bulega ne répond pas à ses deux chutes par une démonstration d’autorité. Il ne cherche pas davantage à effacer la victoire de Lecuona du samedi en allant absolument lui reprendre celle du dimanche. Il fait presque exactement l’inverse. Il termine deuxième de la Superpole Race. Puis deuxième de Race 2. Et devient Champion du Monde.

La fébrilité entrevue vendredi n’était donc pas une question absurde. Deux chutes successives chez un pilote aussi rarement pris en défaut cette saison, précisément au moment de sa première balle de match, méritaient d’être observées. Mais le dimanche apporte désormais sa réponse. Pas celle d’un Bulega soudainement redevenu intouchable. Celle d’un pilote qui refuse justement de transformer deux erreurs en une troisième simplement pour démontrer qu’il reste le plus rapide. Un Top 5 suffisait. Il fait P2. Le dossier est fermé. 

Lecuona gagne Cremona, Bulega gagne 2026

Le paradoxe du week-end tient finalement dans cette seule phrase. Iker Lecuona réalise le hat-trick : Race 1, Superpole Race, Race 2. Trois départs, trois victoires. Il était venu pour gagner des courses et repart avec toutes celles qui étaient disponibles. Il est ainsi le sixième pilote seulement à pouvoir dire “I did a banger !“

Nicolò Bulega, lui, n’en gagne aucune. Mais il repart avec la couronne mondiale. Difficile de mieux illustrer la différence entre gagner un week-end et gagner une saison.

Car Cremona ne doit surtout pas faire oublier tout ce qui précède. Bulega arrive en Italie avec 553 points contre 407 à Lecuona, soit 146 longueurs d’avance. Si son équipier peut se permettre de courir exclusivement contre lui pendant trois courses, c’est précisément parce que Bulega a passé le reste de l’année à construire un championnat qui ne lui impose désormais plus de le faire.

Champion à domicile avant de partir

Et ce titre possède une saveur supplémentaire. Nicolò Bulega ne défendra pas sa couronne WorldSBK en 2027. L’Italien rejoindra VR46 en MotoGP et retrouvera ainsi la série vers laquelle sa première partie de carrière semblait naturellement le conduire avant que son parcours ne bifurque vers le Supersport puis le Superbike. Le détour aura été plutôt rentable. A cet effet, Bulega peut remercier Aruba qui aura récupéré un Bulega sorti du MotoGP pour continuer à croire en lui, lui permettre de reprendre confiance et finalement de se construire comme Champion du Monde.

Après deux saisons consécutives terminées vice-champion WorldSBK, Bulega décroche enfin la couronne. Il devient également le premier pilote à réunir les titres mondiaux WorldSSP et WorldSBK. Et surtout, à domicile, il devient seulement le deuxième Italien Champion du Monde Superbike.

Avant lui, un seul avait réussi. Max Biaggi. Champion en 2010 puis en 2012.

Bulega peut maintenant retourner vers le MotoGP. Son passage en Superbike se termine avec le seul trophée qu’il lui restait à prendre. Iker Lecuona a gagné Cremona. Nicolò Bulega, lui, a gagné son au-revoir.

cedric garcia
cedric garciahttps://www.motorsmag.fr
Grand sorcier du monde automobile, plume aiguisée, journaliste aguerri et reconnu, présentateur hors-pair.

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