Troisième manche du championnat de la Réunion de motocross, et troisième décor. Après les joies verticales de Ravine à Malheur à La Possession et les courbatures du terrain Lisette Dorseuil à Saint-Louis, c’est cette fois sur le terrain Cadivel, creusé dans les entrailles géologiques de Bras Panon, que les fondus de terre meuble parfaitement préparée, de jumps tendus et d’embrayages martyrisés s’étaient donné rendez-vous. Spoiler : c’était grandiose.
Un terrain de luxe en plein fond de ravine
Commençons par un peu de pommade bien méritée. Jeremy Razebassia et sa clique ont rendu un terrain absolument nickel chrome après que la tempête Garance ait, en février, transformé la zone en rivière éphémère. Travail de sape, drainage chirurgical, tracteurs en action… bref, un club qui mouille la chemise, mais pour une bonne cause. Résultat : une piste aussi belle qu’une présentation d’entreprise en séminaire, mais avec des jump en plus. Le tout sous un ciel bleu insultant de perfection, l’après-midi offrant même une couverture nuageuse légère, parfaite pour ne pas frire les pilotes comme des acras.
Helmetcam sur la tête, Pascal en mode warrior
Pour cette course reine en MX1, on a vissé une caméra sur le casque du leader du championnat, Pascal Dorseuil. Et on a bien fait : son run fut une masterclass de montagnes russes émotionnelles, avec option « pelle contrôlée » au second tour. Parti dans les choux (P10 au drop de grille), Pascal grattait comme un mort de faim pour rentrer P4 au premier tour. Las, dans la partie haute du tracé, il se vautrait dans un virage serré, histoire de pimenter un peu sa remontée.
Quelques centaines de mètres plus loin, la caméra embarquée saisissait LA scène du jour : Thibault Turpin, numéro 223, se satellise tout seul dans la grande descente. Une éjection digne d’un best-of , sauf qu’ici, c’est du vrai, sans CGI. Bilan : tassement vertébral pour Thibault, mais il s’en sort globalement bien vu la violence de l’impact. On lui souhaite un bon rétablissement et un retour rapide sur la moto — mais avec un peu moins de looping, si possible.
Techer dégonflé, Dorseuil rageur, Hoarau solide
Comme si la course n’avait pas encore eu assez de rebondissements, Dylan Techer, alors bien placé pour le podium, voyait sa roue arrière se transformer en chamallow dans le troisième tour : crevaison. Rideau. Pendant ce temps, Dorseuil reprenait sa chasse à l’homme, en ligne de mire : Timo « le grand » Hoarau, le seul pilote à prendre plus de vent qu’un séchoir à linge sur une ligne droite.
Le duel entre les deux pilotes fut tendu mais respectueux. Pascal se montrait incisif mais pas kamikaze, sans doute conscient qu’une chute de plus lui coûterait cher au championnat. Timo, de son côté, maîtrisait parfaitement ses trajectoires et fermait toutes les portes avec la grâce d’un videur de boîte le samedi soir. Ambiance freinages super motard…Résultat : Hoarau conserve sa P2 pour un souffle, Dorseuil termine P3, les bras fumés mais le sourire en coin.
Une fin de manche propre, sans faute de goût
Sur la table d’arrivée, on retrouvait donc Alexis Hoareau, vainqueur impérial de la dernière manche, rejoint très vite par Timo et Pascal. Trois pilotes, trois styles, et une belle démonstration que le motocross réunionnais a de beaux jours devant lui. Mention spéciale au public venu nombreux, à la buvette efficace (les sandwichs façon kebab et les crêpes ont tenu leurs promesses), et aux organisateurs qui ont prouvé qu’on pouvait faire du haut niveau, même à l’autre bout du monde, au fond d’une ravine.
Alors trêve de bavardages, la vidéo est juste en dessous. Des images embarquées, de l’action, des chutes, de la poussière, et un soupçon d’héroïsme mécanique. On vous laisse juger. Et pour ceux qui en redemandent, rendez-vous au Tampon le 22 juin. Parce que là aussi, on risque de transpirer.