Le Rallye de Petite-Île, coup d’envoi du championnat de la Réunion 2025 ce week-end des 5 et 6 avril, promettait son lot de nouveaux bolides. Mais voilà, un pilote manque à l’appel, et pas pour une broutille comme le chikungunya ou une durite introuvable. Non, cette fois, Shayan Ramdenee, le Mauricien qui s’est incrusté à plein temps dans les rallyes réunionnais depuis l’an dernier, est cloué au sol pour une raison désolante : il n’a carrément pas de voiture. Pas un pneu crevé ou un moteur grippé, mais un vide intersidéral là où devrait trôner sa Citroën C3 Rally2, châssis #133, tout droit venue d’Irlande.
Shayan, qui avait troqué sa Škoda Fabia pour cette C3 dans la même classe de cylindrée rally2, devait être de la fête, prêt à en découdre pour sa deuxième saison complète sous le soleil réunionnais. Le gars s’imaginait déjà se faire plaisir sur les routes sinueuses de Petite-Île, son numéro 18 fièrement collé sur la portière, aux côtés de son copilote, le duo « cousins » bien connu des paddocks. Sauf que la réalité a décidé de lui faire un pied de nez magistral. Sa précieuse Citroën, censée faire un périple épique – Irlande, métropole, Maurice, puis enfin La Réunion – est toujours coincée quelque part dans les limbes administratifs. Apparemment, faire voyager une bagnole de rallye entre plusieurs pays, c’est plus compliqué que de résoudre un Rubik’s Cube les yeux bandés. Qui l’eût cru ? Les douanes de chaque pays, les paperasses, les transporteurs : tout le monde joue une partition différente, et le résultat, c’est un grand silence mécanique du côté de Shayan.
Mais ce n’est pas tout. Pendant que sa C3 joue les fantômes, Shayan a aussi les mains pleines à Maurice. Des dossiers pros brûlants, des lancements à la pelle – bref, le quotidien d’un homme qui doit jongler entre sa passion pour les rallyes et la dure réalité du boulot. On compatirait presque si ce n’était le lot habituel de tant d’équipages. Imaginez : le type se voit déjà en spéciales, et au lieu de ça, il est coincé derrière un bureau à gérer des PowerPoint et des alignements de bloc américain tout en vérifiant les peintures de son nouveau show room pendant que sa voiture prend la poussière sans doute dans une zone sous douane quelque part. Priorité au taf et à la famille !

Du coup, à Petite-Île, on se passera du tandem mauricien. Pas de numéro 18 dans la caravane, pas de C3 #133 pour faire trembler l’asphalte. Les spectateurs devront se contenter des autres furieux du volant, pendant que Shayan rumine son rêve avorté. On parie qu’il doit maudire chaque formulaire, chaque tampon, chaque bureaucrate qui a mis son aventure sur pause. Un pilote sans voiture, c’est comme un cuisinier sans casserole – ça fait désordre.
Espérons pour lui que cette Citroën finisse par poser ses pneus sur le sol réunionnais, et que Shayan trouve cinq minutes entre deux réunions pour s’en occuper. Parce que là, franchement, c’est le seum total. C’est un peu comme un cari sans piment : ça manque de saveur. Allez, Shayan, bouge-toi, fais chanter cette C3, et reviens nous accompagner à la Réunion. En attendant, à Petite-Île, on regardera les autres s’amuser, en se disant que le rallye, parfois, c’est aussi une histoire de patience…alors que l’objectif principal reste d’aller le plus vite possible !