Le Rallye de Petite-Île 2025 a sonné comme un réveil brutal pour Thierry Law Long, sextuple champion de la Réunion, qui semble avoir troqué son sceptre contre une pelle pour creuser son propre trou en ce début de saison. Sur le papier, le résultat final pourrait passer pour une médaille d’argent bien payée vu les galères, mais dans les faits, c’est une entrée en matière digne d’une introspection typique des quinqua’. Alors que l’intersaison promettait du renouveau – nouveau copilote, amortisseurs retarés, ambitions intactes –, le maître de l’asphalte réunionnais s’est retrouvé à patauger dans une Polo Rally2 qui ne répond plus à ses exigences de diva du châssis. Retour sur un week-end où le roi Law Long a vu son trône vaciller, et pas qu’un peu.
Charif Dindar : le nouveau copilote en manque de kilomètres
Commençons par le feuilleton du baquet de droite. Exit Mohammad Balbolia, fidèle acolyte qui a décidé de prendre une pause – ou un congé sabbatique, selon les mauvaises langues. Place à Charif Dindar, un navigateur aguerri depuis 2011, mais qui découvre les joies d’une Rally2 aux côtés d’un Thierry Law Long habitué à dicter sa loi. Pas de panique, Charif n’est pas un bleu : il a du kilométrage dans les jambes et un CV qui tient la route. Mais soyons réalistes deux minutes : passer d’un baquet lambda à celui d’un sextuple champion, c’est comme demander à un prof de yoga de coacher un sprinteur olympique. Il faut du temps pour que les notes claquent au bon rythme, que le « flow » s’installe, et que Thierry se sente assez en confiance pour balancer sa Polo dans les virages comme un gamin fait déraper son vélo. À Petite-Île, cette osmose était visiblement en construction. Ne tombez pas sur Charif, si Thierry l’a choisit c’est qu’il a largement confiance en lui et que Charif fait de son mieux (voire plus). Ca a coûté des centièmes sur chaque courbe – et sur nos spéciales serrées, ça finit en secondes qui font mal au chrono. Un peu de temps et de roulage aideront largement à solutionner ce point.
Une Polo qui joue les divas capricieuses
Et puis il y a la voiture. Pendant l’intersaison, l’équipe a envoyer les quatre amortisseurs de la teutonne pour révision. Objectif : retrouver un châssis aux petits oignons pour un pilote connu pour être plus tatillon sur ses suspensions qu’un chef étoilé sur ses assaisonnements. Problème : les réglages de 2024, qui faisaient chanter l’asphalte, ne marchent plus en mode CtrlC/CtrlV. Les amortisseurs, même retarés, ne réagissent plus comme attendu : imprécis, mous du genou, et incapables de suivre les ordres d’un Thierry qui aime quand ça claque net. Résultat ? Une Polo qui glissouille là où elle devrait mordre, qui mord là où elle devrait enrouler, un coup souvireuse, un autre survireuse, des inscriptions hésitantes, et un pilote qui peste à chaque virage. Ajoutez à ça un moteur qui met trois plombes à monter en régime – comparé à la furia du moulin de la Polo de Gerville/Zaneguy –, et vous avez une monture qui semble plus en mode balade dominicale qu’en time attack.
Des chronos qui stagnent, des rivaux qui s’envolent
| Intitulé | RPI24 | RPI25 | Delta |
| ES1 Manapany1 | 5’35,5 | 5’35,8 | +0,3 |
| ES2 Piton de Bloc1 | 8’09,2 | 8’10,7 | +1,5 |
| ES3 Manapany2 | 5’30,7 | 5’33,9 | +3,2 |
| ES4 Piton de Bloc2 | 8’20,5 (boite) | 8’01,4 | -19,1 |
À Petite-Île, les chiffres ne mentent pas : les chronos de Law Long n’ont pas bougé d’un iota par rapport à 2024 (et même légèrement supérieurs), alors que ses adversaires – Gerville, Dorseuil et consorts – affûtent leurs lames à chaque sortie. L’an dernier, Thierry avait déjà pris une claque en fin de saison, doublé par l’intouchable duo Bonato/Boulloud, mais aussi par Gerville/Zaneguy et Dorseuil/Dijoux avant que ce dernier ne jette l’éponge sur panne moteur. Le bilan est encore amer au kickoff 2025. Le terrain, il le connaît par cœur ; les notes, il les a rodées. Alors quoi ? Un manque de confiance ? Une voiture qui le trahit ? Ou juste une concurrence qui a décidé de ne plus le laisser respirer ? À noter aussi : le grip de 2025 était plus élevé, avec des températures au sol supérieures de 3°C à celles de l’an dernier. Les spéciales du Samedi sont par ailleurs restées parfaitement sèches. De quoi rendre la Polo plus efficace en théorie comme vu avec Gerville qui a haussé son niveau de jeu.

Une équation à plusieurs inconnues
Pour Law Long, l’heure est à la reconstruction. Objectif numéro un : caler son duo avec Charif Dindar. Sans une symbiose parfaite, pas de prise de risque, pas de bagarre, pas de victoire. Objectif numéro deux : remettre la Polo dans le droit chemin. Un châssis qui ne répond pas aux attentes d’un pilote aussi pointilleux, c’est comme donner un pinceau cassé à Picasso – ça finit en gribouillis. Objectif numéro trois : retrouver le mode « berserk » qui lui a valu six titres consécutifs de 2017 à 2023, un record qui impose le respect. Parce que oui, le fighting spirit de l’Étang-Saléen et de son équipe est légendaire. Mais là, entre la mécanique qui patine et le psychologique qui vacille, l’équation ressemble à un Rubik’s Cube dans les mains d’un novice.
Le roi peut-il reprendre sa couronne ?

Alors, Thierry Law Long est-il fini ? Loin de là. Le bonhomme a du ressort (oui, je sais c’est taquin…), et son palmarès parle pour lui. Mais ce Rallye de Petite-Île 2025 sonne comme un avertissement : la concurrence ne rigole plus, et les excuses – nouveau copilote, voiture capricieuse – ne tiendront pas éternellement. Gerville et Dorseuil, eux, n’attendent pas que le roi se relève pour aiguiser leurs chronos. Prochaine étape : remettre de l’ordre dans la maison Law Long, retrouver la confiance, et revenir avec une Polo qui cogne aussi fort que son pilote. En attendant, ce début de saison ressemble un peu à une gueule de bois même si de précieux points de P2 ont été marqués. Au terme de ce Rallye de Petite Ile 2025, Thierry concède 0,51s au kilomètre au vainqueur, beaucoup trop !