Un mardi soir de plus, un présentation sympa en supplément. C’est à la Rivière Saint Louis à la Villa Utopia que Laurent Dubard a choisi de lever le voile sur sa fidèle compagne de bitume : la désormais classique Citroën C2R2 Max ex-Partal. Fidèle, oui, car même si la monture n’a pas changé de passeport technique ou de configuration, elle s’est offert un petit relooking esthétique histoire de ne pas passer totalement inaperçue dans la meute des aspirants aux crépitements photographiques.
La bête a donc troqué ses habits d’ancienne pour une tenue plus affûtée, plus “2025-compatible”, comme dirait un designer en burn-out. Et c’est bien là tout l’objet de cette présentation qui, à défaut d’avoir déplacé le who’s who local (et c’est pas plus mal !), a eu le mérite de rappeler que Dubard ne fait rien à moitié.
De la mer à la montagne, le grand écart mécanique

Rappelons-le pour ceux qui n’étaient pas nés en 2012 ou qui auraient tout simplement zappé les grandes heures du jet-ski : Laurent Dubard est un ancien de la glisse motorisée sur plan d’eau. Un sport où l’on évite les vagues et où les trajectoires sont aussi tendues que les nerfs d’un copilote lors d’un départ en spéciale. Ayant tâté de la mousse à haut niveau en Europe, Laurent a depuis remisé ses jets — seulement sortis deux fois depuis 2018, nous confie-t-il comme on parle d’une vieille planche de surf qu’on ne veut pas vendre “au cas où”. Laurent est et demeure un véritable touche à tout des sports mécaniques: Jetski, Supermotard et MX sur deux roues motorisés et maintenant rallye…un éternel furieux des pistons ! Avec cet emploi du temps de guedin, il trouve encore le temps de coacher fiston en descente VTT !

Mais attention, le garçon n’est pas un rookie en rallye non plus. Il connaît les bases, les notes, les coups de raquette mal placés. Il a même usé ses fesses dans le baquet de droite aux côtés de Manou Techer en 2012, et de Guillaume Rousseau en 2013, autant dire qu’il a appris à crier “freine !” avec autorité. Puis, en 2021, changement de décor : il prend le volant de sa propre monture, une Peugeot 206 RC en N3, et signe deux victoires de classe dès son arrivée en deux courses. Prometteur, non ?

Une Ford pas très en fête
Puis vint 2022 et l’achat d’une Ford Fiesta R2, une auto au pedigree international solide mais visiblement pas compatible avec le style réunionnais et a fortiori rookie Dubard. “Soit mon pilotage ne convenait pas à la voiture, soit la voiture ne convenait pas à mon pilotage”, plaisante-t-il. Une phrase qu’on peut aussi entendre dans n’importe quelle réunion de couple au bord de la rupture. Toujours est-il que la romance avec l’ovale bleu a été courte. Trois rallyes la deuxième année en 2023, quelques prises de tête, un break, puis le divorce. Merci, au suivant. Au bilan des neuf courses en Fiesta: une victoire de classe (RSJ22), un tiers de podium de classe (P2) et 5 abandons.
En 2024, Laurent rebondit avec une C2R2 Max (ex Partal) et l’histoire d’amour semble bien plus stable : un titre R2, une victoire de classe au Tour Auto, et suffisamment de podiums pour faire pâlir un vendeur de champagne, le tout la première saison. Deux abandons, certes, mais dans une saison régionale, ça compte presque comme des jours de RTT. Mieux encore : malgré l’absence de Mickaël Lebon en fin de saison, Emmanuel Hubert est monté en urgence à bord pour sauver les meubles et le titre. Mission accomplie.
Lebon revient, et le duo espère encore mieux

Et justement, parlons de Mickaël Lebon. Copilote attitré, homme de l’ombre et porteur de roadbook, il n’était pas dans l’habitacle à Petite-Ile, pour cause de fracture du pied depuis fin 2024. Un détail orthopédique que certains ont cru bon d’attribuer à une séance de danse malheureuse ou une partie de foot mal négociée. Peu importe : le voilà de retour pour Sainte-Suzanne, rafistolé, motivé, et prêt à supporter une nouvelle fois les envolées mécaniques de son pilote préféré.
L’objectif pour 2025 ? Défendre le titre, évidemment. Mais pas que. “Je suis encore en phase d’apprentissage”, explique Dubard, qui manie la modestie comme d’autres manient le frein à main : un peu brutalement mais avec panache. “Ce ne sera que ma deuxième saison avec cette voiture. Elle est vraiment amusante et il y a encore à gratter avec cette voiture. L’objectif est toujours le même : progresser à chaque course et battre mon principal adversaire : moi-même.” Phrase finale, ponctuée d’un rire franc et communicatif, qui ferait passer une réunion de motivation d’entreprise pour une masterclass de sincérité.
En résumé

Laurent Dubard et Mickaël Lebon, c’est un équipage comme on les aime : sérieux dans les intentions, appliqués dans la mise en oeuvre, modestes dans les déclarations, et bien décidés à transformer leur petit moteur atmosphérique en usine à trophées. Le pilote est affûté, la voiture relookée, le copilote réparé. Il ne reste plus qu’à transformer cette saison en succès — ou au moins en feuilleton à rebondissements.
Mais attention : si la robe est neuve, le challenge, lui, ne l’est pas. Car dans ce championnat où les classes intermédiaires fondent comme une glace au soleil de Sainte-Suzanne, chaque victoire est un combat. Et Laurent, on le sait désormais, préfère les trajectoires tendues au confort des eaux calmes et aux tourments des flots agités. Ça tombe bien, en rallye, personne n’a jamais gagné en marchant sur l’eau.