C’est sur un Hungaroring fraîchement resurfacé — comprendre : plus lisse qu’un communiqué de presse Ferrari post race — que le cirque de la F1 a monté ses barnums une dernière fois avant la traditionnelle trêve estivale. Exit les températures façon hammam turc, cette édition 2025 s’est disputée sous une météo presque clémente. Mais que les nostalgiques de la fournaise hongroise se rassurent : côté action, on a transpiré. Et ce, pas seulement à cause de l’air de plus en plus vicié dans le cockpit de Leclerc.
À Budapest, c’est Lando Norris qui a coiffé tout le monde au poteau, s’imposant au terme d’un duel fratricide — et passablement tendu — avec Oscar Piastri, son propre coéquipier chez McLaren. McLaren, cette écurie qu’on accusait encore récemment de vivre dans le passé comme un fan de Senna avec un mug Marlboro est de retour…Ce dimanche, les papayes volaient.
Leclerc en pole… pour le déclassement

Tout avait pourtant (mal) commencé avec Charles Leclerc en pole, après une qualification surprise, comme souvent avec Ferrari : brillants le samedi, évanescents le dimanche. Le Monégasque s’était élancé sans faute, prenant les devants avec une propreté rare chez la Scuderia. Il a même mené. Longtemps. Trop longtemps ? Probablement, puisque Ferrari, fidèle à son style, a concocté une stratégie à mi-chemin entre le loto et le kamikaze. Deux arrêts, des pneus durs trop tôt, un rythme qui s’effondre, et en bouquet final : un comportement en piste qui lui vaut une pénalité de cinq secondes. C’est Noël en août. Leclerc n’a pas mâché ses mots à la radio en course. En décrypté : “vous faites chier avec vos décisions, vous auriez dû m’écouter !” Résultat : quatrième à l’arrivée, juste assez pour sauver les apparences. Ou pas.
McLaren, l’école du choix cornélien
Pendant ce temps, chez McLaren, les stratèges ont eu une épiphanie : et si on faisait… simple ? Norris, englué en début de course du fait d’un très mauvais départ, a basculé sur une stratégie à un seul arrêt. Audacieux. Risqué. Et surtout : gagnant. Le Britannique, en pleine maîtrise de ses gommes et de ses nerfs, a résisté à un Oscar Piastri déchaîné dans les derniers tours. On aurait cru revoir le Senna vs Prost version 2025, avec un soupçon de cordialité… ou pas.

Car si Piastri a bien failli tout envoyer dans les bacs à gravier en tentant une attaque suicidaire dans l’avant-dernier tour, la consigne radio “Souviens-toi comment on court chez McLaren” en dit long : le service communication s’active déjà à camoufler les débuts de guerre froide à Woking. Norris s’impose finalement avec 0.698 seconde d’avance. Une éternité en F1. Ou une mèche d’allumette selon l’humeur.
Russell, ce troisième homme obstiné

Derrière ce duo incandescent, George Russell s’invite sur le podium. Un peu par talent, beaucoup parce que les autres se sont effondrés. Le pilote Mercedes a eu le mérite d’y croire, quitte à frotter un Leclerc pas décidé à laisser passer. Le tout avec une élégance toute britannique : “Il bougeait sous freinage”, s’est plaint Russell, traduisible par “ce clown m’a presque envoyé dans le mur”. Heureusement, les commissaires ont tranché : pénalité pour Leclerc. Comme le disait récemment un pote, Russel devrait changer de discipline et passer au vélo. Comprenne qui pourra !
Alonso père tranquille, Verstappen dans le flou

Fernando Alonso prend une cinquième place presque sereine. L’Espagnol a roulé propre, efficacement, et a même vu son protégé Gabriel Bortoleto (P6) lui emboîter le pas. Un coup double pour Aston Martin : de la régularité, des points, et pas une plainte radio à l’horizon. Le miracle de Budapest.

Max Verstappen, lui, continue sa saison lost in translation. Parti pour une stratégie désastreuse, englué dans le trafic, incapable de se hisser au niveau des McLaren, il termine neuvième. Le Néerlandais a même trouvé le moyen de s’accrocher avec Lewis Hamilton — qui, pour rappel, pilote désormais pour Ferrari. Oui, tout fout le camp.
Lewis, justement, termine 12e, derrière Isack Hadjar. Autrement dit : un septuple champion du monde derrière un rookie français chez Racing Bulls. Qui aurait parié là-dessus en 2021 ? Pas grand monde, en tout cas.
Le reste du monde : pénalités, promesses et purgatoire
| Pos. | Pilote | Team | Chrono |
|---|---|---|---|
| 1 | Lando Norris | McLaren | 1:35:21.231 |
| 2 | Oscar Piastri | McLaren | +0.698s |
| 3 | George Russell | Mercedes | +21.916s |
| 4 | Charles Leclerc | Ferrari | +42.560s |
| 5 | Fernando Alonso | Aston Martin | +59.040s |
| 6 | Gabriel Bortoleto | Kick Sauber | +66.169s |
| 7 | Lance Stroll | Aston Martin | +68.174s |
| 8 | Liam Lawson | Racing Bulls | +69.451s |
| 9 | Max Verstappen | Red Bull Racing | +72.645s |
| 10 | Kimi Antonelli | Mercedes | +1 lap |
Kimi Antonelli marque le point de la dixième place, et avec lui un symbole : la relève pousse. Hadjar et Lawson complètent un top 12 très “nouvelle génération”, tandis que Gasly, Colapinto, Sainz, Albon et consorts végètent dans le ventre mou, entre erreurs de pilotage, pénalités idiotes et voitures dignes d’un musée de la frustration.
Mention spéciale à Pierre Gasly, qui réussit l’exploit de terminer dernier et pénalisé. Et à Ollie Bearman, seul abandonné du jour, fidèle à la tradition Haas : “confiance en début de course, désespoir au drapeau à damier”.
Bilan d’étape : une trêve méritée… pour certains

Norris s’offre sa cinquième victoire de la saison et revient à seulement neuf petits points de Piastri au championnat. Le duel intra-McLaren promet un été torride — dans les simulateurs comme dans les briefings. Ferrari, quant à elle, repart avec plus de regrets que de résultats. Mercedes survit, Aston Martin sourit, et Red Bull, autrefois impériale, semble désormais pilotée par les ingénieurs de Minardi.
En somme, ce GP de Hongrie a tenu ses promesses : de la stratégie, des luttes en piste, des tensions larvées et, surtout, une hiérarchie en train de muter.
Et maintenant ? Une pause. Une parenthèse. Le calme avant la tempête. Ou plutôt : la canicule orange qui s’annonce à Zandvoort. Rendez-vous aux Pays-Bas. Avec crème solaire et gilet pare-balles médiatique. Il faudra également se méfier dans les tribunes: Max Verstappen reste un demi-dieu aux Pays Bas.
- Oscar Piastri (McLaren) – 284 points
- Lando Norris (McLaren) – 275 points (-9)
- Max Verstappen (Red Bull Racing) – 187 points (-97)
- George Russell (Mercedes) – 172 points (-112)
- Charles Leclerc (Ferrari) – 151 points (-133)
- Lewis Hamilton (Ferrari) – 109 points (-175)
- Kimi Antonelli (Mercedes) – 64 points (-220)
- Alexander Albon (Williams) – 54 points (-230)
- Nico Hülkenberg (Sauber) – 37 points (-247)
- Esteban Ocon (Haas) – 27 points (-257)