vendredi, octobre 9, 2026
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Victoire administrative pour Porsche…

La Formule E, ce championnat où l’on fait la course pour ne pas trop consommer, où les voitures miaulent au lieu de rugir, et où une victoire ne se joue pas sur la piste mais dans les lignes d’un règlement que même Kafka aurait refusé de lire. Ce week-end, les bolides électrifiés ont fait leur retour en fanfare dans le Sunshine State pour le E-Prix de Miami, sur un vrai circuit, s’il vous plaît – une rareté qui mérite presque qu’on en parle sans se moquer. Presque.

Et pourtant, malgré le décor plus NASCAR que Monopoly urbain, la Formule E n’a pas pu s’empêcher de s’auto-saboter avec sa traditionnelle tambouille réglementaire qui ferait passer les règles du cricket pour de la poésie contemporaine.

Norman Nato : pole, panache et pénalité

Commençons par le héros tragique de la journée : Norman Nato. Le Français, dans un élan de grâce rare chez Nissan (et plus généralement chez quiconque dans ce championnat), s’empare de la pole avec panache.

PosPiloteTeam
1Norman NATONISSAN
2Jake DENNISANDRETTI
3António Félix DA COSTAPORSCHE
4Robin FRIJNSENVISION
5Nyck DE VRIESMAHINDRA
6Stoffel VANDOORNEMASERATI
7Lucas DI GRASSIABT
8David BECKMANNCUPRA

Une performance maîtrisée, propre, efficace. Bref, du travail de pro. Sauf qu’en Formule E, être bon n’est pas une garantie de succès — c’est même souvent un handicap.

Car oui, Norman a eu l’audace suprême de passer trop tôt sur la ligne d’arrivée, sans avoir utilisé son second ATTACK MODE – cette invention géniale qui donne 50kW de puissance supplémentaire pendant quelques tours et permet aux pilotes de doubler plus vite ou de se faire doubler plus élégamment, c’est selon. Hélas pour lui, un drapeau rouge est venu tout ruiner, et quand la course a repris pour un sprint final de cinq tours, le temps a manqué. Résultat ? Malgré avoir franchi la ligne en tête, il se prend une pénalité administrative qui le rétrograde à une pathétique sixième place.

Bienvenue en Formule E, où on punit les gens pour avoir respecté la procédure dans les temps impartis, mais pas dans les bons tours.

Wehrlein : opportuniste en chef

Et c’est donc Pascal Wehrlein, l’homme dont la régularité n’a d’égale que son habileté à se retrouver toujours là où il faut quand les autres se prennent les pieds dans le tapis, qui repart avec la victoire. Pas flamboyant, mais diablement malin, l’Allemand de Porsche s’est contenté de rester bien au chaud derrière son coéquipier Da Costa, avant de le poignarder avec style à l’aide de son ATTACK MODE comme un sénateur romain dans une mauvaise série Netflix.

Quand le drapeau rouge est venu bouleverser l’ordre établi, Wehrlein, lui, avait tout utilisé correctement. Résultat ? Un premier rang administratif plus que sportif, mais une victoire tout de même. Et surtout, une remontée au classement général qui le propulse troisième au championnat. Comme quoi, la patience est une vertu. Et connaître le règlement par cœur, un super-pouvoir.

Da Costa : le roi de la lose stratégique

Antonio Félix da Costa avait tout pour briller. L’efficacité énergétique ? Check. Une Porsche affûtée comme une lame suisse ? Check. Une position idéale pour tuer la course dans les derniers tours ? Re-check. Mais voilà, Da Costa a voulu jouer la carte stratégique… dans un championnat où la stratégie devient obsolète au premier choc contre un mur.

Alors qu’il s’élançait pour son dernier ATTACK MODE, un crash bien senti de Jake Hughes, Max Guenther et Mitch Evans dans la chicane a mis un terme aux festivités avec un drapeau rouge. Et comme une ironie finale, Da Costa n’a jamais pu profiter de son boost pour défendre sa position. Il termine troisième. Frustrant, certes, mais au moins, il a montré qu’il savait calculer – même si le timing reste un concept apparemment étranger chez Porsche.

Di Grassi : l’invité surprise

Mais la palme du jour revient peut-être à Lucas di Grassi. Vous l’aviez oublié ? Normal. Lui aussi. Le Brésilien, désormais pilote pour Lola Yamaha ABT – un nom de team qui ressemble à une tentative ratée de spam — a surgi de nulle part pour s’emparer de la deuxième place finale. Parti septième, discret pendant trois quarts de la course, il a profité du chaos final comme un vrai charognard opportuniste. ABT signe ainsi son premier podium depuis que l’électricité existe. Champagne sans bulles pour tout le monde.

Les autres : un mix de miraculés, de damnés et d’invisibles

Derrière ce trio aux fortunes diverses, on retrouve Nico Mueller, remonté de la 18e à la 4e place comme s’il avait branché sa Andretti sur une prise Tesla. Mortara claque une cinquième place avec sa Mahindra, ce qui en 2025 revient à faire monter une Fiat Panda sur le podium du Dakar. Nato, donc, termine sixième, puni pour excès de conformité.

Le reste du top 10 ? Dan Ticktum (toujours aussi teigneux), Robin Frijns (qu’on croyait retraité depuis 2019), Jake Dennis (transparent), et Zane Maloney, qui inscrit ses premiers points pour Lola Yamaha ABT, prouvant qu’un Barbade peut survivre dans la jungle électrique.

PosPiloteTeamChronos
1Pascal WEHRLEINPORSCHE4:19:723
2Lucas DI GRASSIABT+ 0:05:619
3António Félix DA COSTAPORSCHE+ 0:06:084
4Nico MUELLERANDRETTI+ 0:08:447
5Edoardo MORTARAMAHINDRA+ 0:09:070
6Norman NATONISSAN+ 0:09:881
7Dan TICKTUMCUPRA+ 0:10:033
8Robin FRIJNSENVISION+ 0:10:142
9Jake DENNISANDRETTI+ 0:10:329
10Oliver ROWLANDNISSAN+ 0:10:925

Le classement : ça fait des étincelles… à peu près

Grâce à cette victoire bureaucratique, Wehrlein double son total de points et grimpe sur la troisième marche du championnat, derrière Da Costa et Oliver Rowland – qui, lui, a passé le week-end à promener sa Nissan dans les fonds de grille. Porsche mène le classement par équipes, mais Nissan garde l’avantage côté constructeurs. Allez comprendre.

PosPiloteTotal
1Oliver Rowland69
2António Félix Da Costa54
3Pascal Wehrlein51
4Taylor Barnard51
5Maximilian Günther37

En conclusion : bienvenue dans la Formule E version escape game

Ce E-Prix de Miami a prouvé une chose : la Formule E n’est pas une course, c’est un jeu de piste géant, où il faut savoir quand activer un mode boost, comment éviter les murs, et surtout, comment séduire le Dieu des pénalités pour sortir vainqueur. Wehrlein l’a compris. Nato l’a appris à ses dépens. Et Da Costa, comme souvent, est resté à la porte du paradis, victime d’un timing trop parfait pour être payant.

Prochain arrêt : Monaco. Double manche. Double stratégie. Double migraine.

cedric garcia
cedric garciahttps://www.motorsmag.fr
Grand sorcier du monde automobile, plume aiguisée, journaliste aguerri et reconnu, présentateur hors-pair.

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