On les avait vus revenir par petites touches. Suffisamment pour se demander si Red Bull retrouvait réellement le chemin de l’avant, pas encore assez pour ressortir les trompettes. À Baku, elles peuvent au moins être dépoussiérées. George Russell a bien remporté le Grand Prix d’Azerbaïdjan après avoir transformé sa pole en victoire. Mais derrière la Mercedes, deux Red Bull complètent le podium. Max Verstappen, parti huitième, termine à seulement 0’’196 du vainqueur. Isack Hadjar, quatrième sur la grille pour son retour après trois courses d’absence, monte sur la troisième marche.
Un doublé sur le podium qui n’était plus arrivé à Red Bull depuis avril 2024. Alors, retour pour de bon ou magnifique épiphénomène bakinois ? La question restera ouverte encore un peu. Mais cette fois, elle mérite vraiment d’être posée au début d’un triple-header en cours avec Sepang puis Singapour à suivre.
Baku voulait du rendement. Red Bull lui en a donné
Depuis jeudi, Baku jouait avec les électrons. Avec ses quelque deux kilomètres de pleine charge, son immense séquence vers le premier virage et les particularités des monoplaces 2026, le circuit azéri constituait un laboratoire presque caricatural. Aérodynamique, déploiement électrique, récupération, aspiration… mais aussi rendement du moteur thermique : ici, tout finit par se payer en km/h. Et oui, le thermique compte encore. Ironie du week-end, Red Bull avait justement passé son vendredi soir à réparer ce qui ressemblait encore à une mauvaise blague. Verstappen avait souffert en qualifications d’un problème de groupe propulseur, avec déficit de vitesse de pointe et batterie se vidant prématurément. Le groupe propulseur est remplacé dans la nuit, sans pénalité puisque dans l’allocation disponible. Et le dimanche, la photographie change.

Parti huitième, Verstappen remonte. Les Medium ne lui procurent pas encore la voiture espérée, puis les Soft changent franchement la musique. La RB22 devient suffisamment performante pour revenir sur Russell et lui contester la victoire jusqu’à la ligne. Pas exactement le comportement d’une voiture perdue au milieu du peloton.
Russell avait pourtant fait le trou
Attention toutefois à ce que racontent ces 0’’196. Ils ne signifient absolument pas que Russell et Verstappen ont roulé séparés par deux dixièmes pendant 51 tours. Avant la première Safety Car provoquée par Albon, Russell avait construit environ douze secondes d’avance. Les neutralisations successives ont détruit ce matelas et remis Verstappen dans ses rétroviseurs après un premier restart au lap36 de toute beauté aux dépens de Piastri pour commencer. Dans les derniers instants, Russell perd également son Boost après les doubles drapeaux jaunes.

Le résultat raconte donc deux choses simultanément : Mercedes possédait suffisamment de performance pour contrôler cette course, mais Red Bull disposait cette fois d’une voiture capable de saisir chaque occasion pour revenir la chercher. Ce n’est pas encore la même chose que dominer. Mais c’est déjà beaucoup mieux que regarder Mercedes disparaître (souvent au loin, très loin…trop loin).
Hadjar et son « vrai » podium

Et puis il y a Isack Hadjar. Avec lui, décidément, monter sur un podium de Formule 1 nécessite parfois de lire également les petites lignes. Après Monaco et ses péripéties, voilà Baku et une convocation chez les commissaires venue ajouter quelques heures de suspense à l’histoire. Cette fois, elle restera sans conséquence sur son résultat. Et Hadjar peut donc savourer celui qu’il qualifie lui-même de premier « vrai » podium. Celui-ci ne souffre effectivement guère de discussion sportive. Quatrième sur la grille, rapide dans le premier relais, Hadjar roule un temps derrière Verstappen avant de comprendre que son équipier, passé en Soft, possède de meilleures armes pour aller chercher Russell. Il ne s’interpose pas dans la chasse et ramène proprement la deuxième Red Bull à la troisième place. Pas de podium récupéré par ricochet. Pas de classement provisoire à retourner dans tous les sens. P3. Point. Pour un pilote dont la relation avec les podiums de Formule 1 commence à ressembler à une série avec beaucoup trop de scénaristes, celui de Baku possède au moins le mérite d’être parfaitement limpide.
Et maintenant ?
C’est finalement là que commence la partie intéressante. Red Bull vient de signer son meilleur week-end de la saison avec Verstappen P2 et Hadjar P3. La RB22 avait déjà montré quelques signes encourageants ces dernières semaines et le package apporté à Baku avait donné des premières indications positives dès le vendredi. Mais Baku reste Baku. Son interminable pleine charge, son besoin très particulier de rendement énergétique et son compromis aérodynamique en font un excellent révélateur de certaines qualités d’une monoplace, beaucoup moins un juge universel. Alors Red Bull est-elle revenue ?
À Baku, clairement. Pour savoir si elle est revenue partout, il faudra encore quelques kilomètres et quelques jours à commencer par Sepang le week-end prochain.
