La 13e manche du championnat US de Supercross s’est tenue à Philadelphie, au Lincoln Financial Field, et pour une fois, la météo a décidé de faire relâche : pas de gadoue jusqu’aux chevilles, pas de pilotes transformés en sculpture de boue vivante. Non, cette fois, on a eu droit à une vraie course. Enfin. Et autant dire que les garçons n’ont pas attendu pour sortir les crocs.
SX450 : Sexton ressuscite, Webb s’agace, Roczen survit

On l’attendait un peu comme on attend la sortie d’un album inattendu de Daft Punk : Chase Sexton est enfin de retour au sommet. Oui, il a mis du temps. Oui, il s’est fait rouler dessus au premier virage, au sens littéral. Mais après cette petite roulade printanière, le pilote KTM a enclenché le mode panzer, traversant le peloton avec la grâce d’un rouleau compresseur qui aurait pris des cours de ballet. Un holeshot ? Non. Une balade tranquille ? Non plus. Mais une victoire méritée ? Totalement. Le garçon s’est offert un petit 1-1-1-1 dans la journée : meilleur temps aux qualifs, victoire en heat, victoire en finale, sourire Colgate inclus.
Cooper Webb, de son côté, a suivi comme un petit frère accroché au t-shirt de l’aîné. Lui aussi impliqué dans le carambolage du premier virage, il a tenté de copier tous les mouvements de Sexton, sauf celui qui consistait à passer Ken Roczen. Là, ça coinçait. Cooper, en bon perfectionniste frustré, nous a offert une analyse tactique de haut vol : “J’aurais dû sauter ce gars plus tôt, j’aurais pu, j’aurais dû…” – bref, une masterclass de mauvaise foi et de regrets, version supercross.
Et puis il y avait Kenny Roczen, toujours debout, toujours blessé, et toujours là. Le type souffre de l’épaule, de la cheville, et probablement de l’âme, mais continue d’aligner des podiums. À croire que sa résistance à la douleur est brevetée. On le sent au bord du burn-out complet, mais il boucle quand même la finale sur le podium avec un style clinique. Cinq virages à droite, deux à gauche, et lui qui essaie de ne jamais poser le pied. De l’art, du vrai, façon contorsionniste bavarois.
| Pos | Moto | Pilote | Ecarts |
|---|---|---|---|
| 1 | KTM | CHASE SEXTON | 25 Laps |
| 2 | Yamaha | COOPER WEBB | 2.654 |
| 3 | Suzuki | KEN ROCZEN | 24.040 |
| 4 | Husqvarna | M. STEWART | 35.420 |
| 5 | Honda | JOEY SAVATGY | 37.803 |
| 6 | Yamaha | JUSTIN COOPER | 41.670 |
| 7 | Honda | DYLAN FERRANDIS | 42.917 |
| 8 | KTM | AARON PLESSINGER | 48.523 |
| 9 | Beta | BENNY BLOSS | 1 Lap |
| 10 | KTM | JUSTIN HILL | 1 Lap |
SX250 Showdown : Cole Davies, le gamin qui va raser des têtes

En 250, c’était la deuxième confrontation Est/Ouest, ce qu’on appelle un showdown, mais qui ressemble surtout à un joyeux chaos où tous les pilotes veulent prouver qu’ils sont les alpha de la meute. À ce petit jeu, c’est Cole Davies qui a planté le drapeau, et de quelle manière ! Le rookie néo-zélandais – oui, un Kiwi – a dominé tout le monde, Est, Ouest, Nord, Sud, et probablement aussi les mecs du paddock. Deuxième victoire de rang, pantalon propre, fierté nationale au zénith, et surtout, un pote qui garde ses cheveux. Parce que oui, apparemment, s’il ne gagnait pas, un certain Will se faisait tondre. Supercross ou Koh-Lanta ? On ne sait plus.
Haiden Deegan, le prince héritier du marketing Monster, s’est contenté de la deuxième place. Pas mauvais, pas génial, un peu comme un hamburger tiède : ça remplit, mais ça ne laisse pas un souvenir impérissable. Il conserve la tête du championnat de l’Ouest, mais laisse Davies se rapprocher, tel un kiwi carnivore bien déterminé.
| Pos | Moto | Pilote | Ecarts |
|---|---|---|---|
| 1 | Yamaha | COLE DAVIES | 19 Laps |
| 2 | Yamaha | HAIDEN DEEGAN | 1.211 |
| 3 | Husqvarna | R.J. HAMPSHIRE | 6.289 |
| 4 | Kawasaki | SETH HAMMAKER | 6.829 |
| 5 | Honda | JO SHIMODA | 11.853 |
| 6 | KTM | TOM VIALLE | 12.401 |
| 7 | Kawasaki | G. MARCHBANKS | 28.029 |
| 8 | Yamaha | M. VOHLAND | 30.652 |
| 9 | Triumph | JORDON SMITH | 33.433 |
| 10 | Honda | CHANCE HYMAS | 36.007 |
Dans le camp Est, RJ Hampshire a pris un bon départ (merci le restart après le crash de Daxton Bennick), a mené, puis a regardé tout le monde passer. Il termine quand même premier des gars de l’Est, ce qui lui permet de rejoindre Seth Hammaker en haut du classement. Hammaker, justement, jouait à domicile à Philly, et termine P4. Pas mal, mais pas non plus de quoi faire rugir les foules. On dirait qu’il a confondu “course à domicile” avec “sieste digestive chez Mamie”.
Et Tom Vialle dans tout ça ?
Ah, Tom… Le seul Français capable d’alterner éclairs de génie et plongées abyssales dans l’anonymat américain. À Philadelphie, il a choisi l’option fantôme. Invisible, inodore, inefficace. Résultat : il perd encore des points face à Hampshire et Hammaker, les deux nouveaux co-leaders de l’Est. Si ça continue, il va finir par voir la plaque rouge à la télé. La sienne, en 2024, était peut-être juste un rêve trop vite réalisé.
Bilan : ambiance électrique et tension maximale
Avec quatre manches restantes, le championnat 450 s’annonce tendu comme la chaîne d’un amateur de whips, et celui des 250 a viré à la foire d’empoigne entre conférences. Sexton a remis le feu, Webb est prêt à mordre, et Roczen roule avec une jambe et demie. Chez les jeunes, Davies enchaîne les baffes avec une classe déconcertante, tandis que les habitués peinent à suivre le rythme.
Et pendant que Philly nous rappelait qu’un stade sec peut offrir du vrai spectacle, Foxborough peut aller se rhabiller avec sa bouillasse. À la semaine prochaine pour un nouveau chapitre de cette saison 2025 complètement déjantée.