Trop c’est trop ! L’affaire Adrien Fourmaux illustre parfaitement la dérive bureaucratique de la FIA, qui semble plus préoccupée par la bienséance langagière que par la sécurité ou l’équité en compétition. Oui, mesdames et messieurs, en 2025, un pilote de rallye peut se faire ponctionner 10 000 euros (et risquer une amende totale de 30 000 euros) pour avoir lâché un mot de trop en direct. Pendant ce temps, les décisions arbitrales sur les pénalités sportives restent, elles, aussi opaques que les intentions d’un copilote lisant une note mal rédigée.
Le malheureux Adrien Fourmaux, pilote Hyundai, a donc été le premier martyr de la nouvelle croisade de la FIA contre le langage coloré. Il faut croire que le rallye est désormais un salon de thé victorien où le moindre écart de langage mérite une punition exemplaire. L’organisme suprême du sport automobile, dans sa grande sagesse, a décidé de frapper un grand coup en sanctionnant ce crime de lèse-majesté verbale. Dans un élan d’unité rarement observé, l’ensemble des pilotes et copilotes du WRC a levé la voix contre cette absurdité. La World Rally Drivers Alliance (WoRDA) s’est fendue d’un communiqué fustigeant cette sévérité grotesque et appelant à la raison.
Soyons sérieux deux minutes. Laisser échapper un juron après une spéciale éprouvante, sous adrénaline, en pleine interview, n’a rien d’un affront aux valeurs du sport. Ce n’est ni un doigt d’honneur à la caméra, ni une insulte envers un adversaire ou un officiel. C’est une réaction humaine, spontanée et, surtout, insignifiante. Si la FIA souhaitait réellement moraliser le sport, elle ferait mieux de se concentrer sur les tricheries avérées, les manipulations de règlement ou les accrochages douteux plutôt que de punir des pilotes pour avoir osé exprimer une émotion.
Les pilotes du WRC ont donc décidé d’emboîter le pas à leurs collègues de la F1, qui avaient déjà dénoncé l’an dernier cette pudibonderie de la FIA. Car oui, ce n’est pas une première : en Formule 1, des amendes salées avaient également été distribuées pour des écarts de langage. On se souvient notamment du tollé suscité par la tentative de museler les pilotes sur des propos considérés comme “politiques”. Une tentative ratée, bien sûr, mais qui prouve à quel point la FIA semble obsédée par le contrôle du discours des sportifs.
Le plus drôle (ou le plus révoltant, selon votre tolérance à l’absurde), c’est la disproportion de la sanction. Une simple comparaison permet d’en mesurer toute la démesure : dans un championnat où les budgets serrés sont légion, où nombre de pilotes doivent batailler pour trouver des sponsors, une amende de 10 000 euros pour un juron est un véritable coup de massue. À titre de comparaison, certaines infractions sportives bien plus graves sont sanctionnées par des montants ridicules en regard de leur impact sur la compétition. Un pilote qui coupe un virage pour gagner du temps et fausse le classement s’en tirera souvent avec une tape sur les doigts. Mais qu’il lâche un “merde” malheureux devant une caméra, et c’est une pluie de sanctions qui s’abat sur lui.
Le pire dans cette affaire, c’est que l’on ne sait même pas où va l’argent de ces amendes. Les pilotes, par l’intermédiaire de WoRDA, ont justement soulevé ce point crucial : comment justifier de telles sommes sans une transparence totale sur leur destination ? Sont-elles réinvesties dans la promotion du rallye, dans le soutien aux jeunes talents, dans des initiatives de sécurité ? Mystère et boule de gomme. Cet opacité alimente encore plus le ressentiment des acteurs du championnat, qui voient là une politique punitive totalement déconnectée des réalités du sport automobile.
C’est donc tout naturellement que WoRDA a demandé une entrevue avec le président de la FIA, Mohammed Ben Sulayem, afin d’obtenir des éclaircissements et une révision urgente de cette réglementation. Une requête de bon sens, tant cette mesure semble avoir été conçue dans un bureau climatisé par des personnes n’ayant jamais ressenti la moindre montée d’adrénaline en course. Si la FIA a encore un minimum de bon sens, elle acceptera de revoir sa copie. Car si cette politique continue, il faudra bientôt distribuer des bibles et imposer des cours de maintien aux pilotes avant chaque rallye, histoire de s’assurer qu’ils ne prononcent que des phrases dignes d’un manuel de politesse.
Au final, cette histoire grotesque illustre bien le problème majeur du sport auto actuel : une déconnexion totale entre les instances dirigeantes et les réalités du terrain. On ne demande pas aux pilotes d’être des modèles de bienséance, mais des compétiteurs, des sportifs de haut niveau. Leur imposer une censure aussi absurde, c’est mépriser ce qui fait la beauté du rallye : son authenticité, son intensité, son caractère brut et sans filtre.
L’affaire Adrien Fourmaux ne devrait jamais avoir existé. Elle est le symbole d’une gouvernance rigide, punitive et absurde. Si la FIA veut réellement faire évoluer le WRC dans le bon sens, elle ferait mieux de se pencher sur les vrais problèmes de la discipline plutôt que de jouer les censeurs puritains. En attendant, souhaitons bon courage à Fourmaux et aux autres pilotes qui devront peut-être bientôt apprendre à s’exprimer en langage des signes pour éviter la prochaine amende ridicule.
Affaire à suivre, mais une chose est sûre : la FIA, elle, ne manque pas d’air.
Le communiqué complet du World Rally Drivers Alliance (WoRDA)

Les pilotes et copilotes de rallye de WoRDA, inspirés par leurs collègues du GPDA, se réunissent pour exprimer leur opinion, chercher la clarté et coopérer vers un avenir meilleur.
Tout d’abord, nous tenons à préciser que, comme c’est le cas dans tous les sports, les compétiteurs doivent respecter la décision de l’arbitre. Le respect de ce principe n’est pas en cause.
Nous ne sommes pas tous des professionnels à temps plein, mais nous faisons tous face aux mêmes conditions extrêmes avec la même passion implacable. Que nous naviguions dans des forêts denses, sur des routes gelées en pleine nuit ou à travers la poussière de graviers traîtres, nous repoussons nos limites – contre les éléments, contre le temps et contre nos propres limites.
Au-delà des courses, notre rôle s’est élargi. Aujourd’hui, les pilotes et copilotes de rallye ne sont pas seulement des athlètes mais aussi des animateurs, des créateurs de contenu et des figures médiatiques constantes. Des smartphones des spectateurs aux caméras officielles du WRC, nous sommes censés être disponibles à tout moment – avant, pendant et après la compétition, de l’aube au crépuscule.
WoRDA a toujours reconnu ses responsabilités et son engagement à collaborer de manière constructive avec toutes les parties prenantes, y compris le président de la FIA, afin de promouvoir et d’élever notre sport exceptionnel au bénéfice de tous.
Au cours des derniers mois, cependant, on a constaté une augmentation alarmante de la sévérité des sanctions imposées pour des défaillances linguistiques mineures, isolées et non intentionnelles. Cela a atteint un niveau inacceptable.
Nous croyons fermement que :
• Le langage courant ne peut pas être considéré et jugé comme équivalent à une insulte ou un acte d’agression authentique
• Les locuteurs qui ne sont pas de langue maternelle peuvent utiliser ou répéter des termes sans avoir pleinement conscience de leur signification et de leur connotation
• Quelques secondes après une montée d’adrénaline extrême, il est irréaliste de s’attendre à un contrôle parfait et systématique des émotions.
Le rallye est extrême : niveau de risque pour les athlètes, intensité du focus, longueur des jours… toutes les limites sont atteintes.
Dans un tel cas, nous mettons en doute la pertinence et la validité de l’imposition d’une sanction quelconque. De plus, les amendes exorbitantes sont largement disproportionnées par rapport au revenu moyen et au budget des rallyes.
Nous sommes également préoccupés par l’impression que ces sommes excessives créent dans l’esprit des fans, ce qui suggère que c’est une industrie où l’argent n’a pas d’importance.
Cela soulève également une question fondamentale : où va l’argent de ces amendes ? Le manque de transparence ne fait qu’amplifier les préoccupations et sape la confiance dans le système.
Il est certain que les impressions négatives entourant ces pénalités l’emportent de loin sur l’impact d’une quelconque erreur linguistique.
Nous appelons à la communication directe et à l’engagement entre le président de la FIA et les membres de WoRDA pour trouver une solution mutuellement acceptable et urgente.
De façon sportive,
Les pilotes et copilotes de rallye membres de WoRDA
Sébastien Ogier, Kalle Rovanpera, Ott Tanak, Thierry Neuville, Martijn Wydaeghe, Jonne Halttunen, Martin Jarveoja, Vincent Landais, Adrien Fourmaux, Alexandre Coria, Elfyn Evans, Scott Martin, Grégoire Munster, Louis Louka, Takamoto Katsuta, Aaron Johnston, Martins Sesks, Francis Renars, Sami Pajari, Marko Salminen, Josh McErlean, Eoin Treacy, Candido Carrera, Gus Greensmith, Jonas Andersson, Yohan Rossel, Arnaud Dunand, Oliver Solberg, Elliott Edmondson, Leo Rossel, Guillaume Mercoiret, Dani Sordo, Julien Ingrassia