Zandvoort, ce glorieux ruban d’asphalte néerlandais coincé entre deux dunes et trois mouettes constipées, accueillait ce week-end la crème du GT3 allemand pour un double épisode DTM. Et comme souvent dans cette série aussi prévisible qu’une série Netflix annulée après une saison, la météo s’est invitée au bal, les stratégies pneus ont joué à pile ou face, et René Rast a prouvé qu’on pouvait encore gagner une course proprement en 2025… sans avoir besoin d’attendre que les autres s’autodétruisent.
Samedi : Güven, la tête froide dans la pluie tiède
Le samedi, c’est traditionnellement jour de chaos au DTM. La cinquième manche n’a pas dérogé à la règle. La pluie s’arrête juste avant le départ, le circuit est humide, les commissaires ont l’air débordés et Jordan Pepper en pole position pense que c’est enfin son jour. Spoiler : non.

Ayhancan Güven, qu’on soupçonne désormais d’avoir signé un pacte avec la météo hollandaise, démarre comme une furie dans sa Porsche Manthey EMA et bondit de la cinquième à la troisième place dès le premier tour. Pendant ce temps, Pepper creuse l’écart, peut-être un peu trop vite, un peu trop fort, et certainement trop tôt. Quand tout le peloton se rue aux stands dans une synchronisation digne d’un ballet soviétique, le pauvre Jordan se retrouve bloqué, perd 13 secondes, et sa victoire avec.
Güven, lui, a déjà changé ses gommes au bon moment, échappe à la tempête dans la voie des stands et reprend la piste en mode machine de guerre. Seul Nicki Thiim, vétéran tatoué à l’humour aussi tranchant que ses trajectoires, tente un comeback avec des slicks montés à l’arrache. Il revient sur le Turc comme un boulet de canon avant que le safety car ne vienne jouer les trouble-fêtes après une glissade de René Rast. Güven résiste au restart avec des nerfs d’acier et empoche une victoire aussi millimétrée qu’inattendue (0.3 seconde d’avance sur Thiim), pendant que les Lamborghini d’ABT (Thiim, Paul et Engstler) colonisent le podium comme si c’était une vente privée à Sant’Agata.

Au rayon des autres exploits, Maximilian Paul monte sur le podium avec sa propre équipe familiale, prouvant qu’on peut bricoler dans un garage et battre des géants allemands. Lucas Auer, toujours aussi méthodique, limite les dégâts et conserve la tête du championnat. Et Morris Schuring, local de l’étape, offre un top 6 au public néerlandais en Porsche, histoire de prouver que la relève est sérieuse… même si les stands continuent à ressembler à une partie de Mikado géant.
| Pos | Pilote | Voiture | Ecart |
| 01 | AYHANCAN GÜVEN | ||
| 02 | NICKI THIIM | +0.323 | |
| 03 | MAXIMILIAN PAUL | +4.182 | |
| 04 | LUCAS AUER | +5.861 | |
| 05 | MORRIS SCHURING | +6.755 | |
| 06 | MARCO WITTMANN | +6.772 | |
| 07 | JORDAN PEPPER | +7.953 | |
| 08 | MIRKO BORTOLOTTI | +8.865 | |
| 09 | MARO ENGEL | +9.549 | |
| 10 | LUCA ENGSTLER | +9.726 |
Dimanche : BMW sort le plan retraite
Puis vint dimanche. Le soleil a fui, les nuages se sont installés et René Rast, visiblement vexé de s’être pris un mur d’eau la veille, a sorti le manuel du parfait pilote DTM. Pole position, départ parfait, rythme clinique, stratégie sans faille : le pilote Schubert Motorsport a déroulé un tapis rouge à sa 29e victoire DTM comme si tout le monde avait oublié que c’est justement quand il mène qu’il devient insupportablement efficace.

Son coéquipier Marco Wittmann, décidément fan des courses anniversaires (c’était sa 200e), s’est contenté de le coller comme une sangsue sans jamais trouver la faille. Pas grave : BMW fait doublé, sourit devant les caméras, et enterre l’épisode boueux de la veille comme si c’était une erreur de jeunesse.

Derrière, Thomas Preining sauve l’honneur de Porsche avec une troisième place honnête mais discrète, pendant que Jack Aitken, toujours là pour jouer les troubles-fêtes, termine au pied du podium avec une Ferrari qui semble parfois vouloir faire du GT3 sérieusement. Maro Engel complète le top 5 après une belle remontée depuis la 12e place. C’est bien, Maro, mais faudrait penser à se qualifier un jour.

Luca Engstler, pas franchement le plus charismatique du plateau mais diablement efficace, finit encore une fois sixième dans sa Lamborghini GRT. Lucas Auer conserve la tête du championnat en terminant septième, preuve que la régularité paye… surtout quand personne ne fait deux bons résultats dans le même week-end. Gounon, Bortolotti et Maini ferment le top 10 dans un mélange de stratégie opportuniste et d’opportunisme stratégique. Notons tout de même la perf’ du moustachu indien de Ford qui ramène la Mustang GT3 dans les points, soit un miracle mécanique ou une erreur administrative.
| Pos | Pilote | Voiture | Ecarts |
| 01 | RENÉ RAST | +- | |
| 02 | MARCO WITTMANN | +6.155 | |
| 03 | THOMAS PREINING | +6.160 | |
| 04 | JACK AITKEN | +6.487 | |
| 05 | MARO ENGEL | +24.922 | |
| 06 | LUCA ENGSTLER | +28.836 | |
| 07 | LUCAS AUER | +29.422 | |
| 08 | JULES GOUNON | +29.791 | |
| 09 | MIRKO BORTOLOTTI | +30.624 | |
| 10 | ARJUN MAINI | +36.030 |
Bilan : la hiérarchie ? Quelle hiérarchie ?
En deux courses, trois constructeurs différents sur le podium, des stratégies divergentes, un embouteillage dans la pitlane et un Rast en mode robot : le DTM version GT3 continue de jouer avec la ligne entre spectacle et sitcom.
| Pos | Pilote | Voiture | Total |
| 01 | LUCAS AUER | 91 | |
| 02 | RENÉ RAST | 75 | |
| 03 | AYHANCAN GÜVEN | 73 | |
| 04 | JULES GOUNON | 73 | |
| 05 | MARO ENGEL | 72 | |
| 06 | MARCO WITTMANN | 70 | |
| 07 | JACK AITKEN | 68 | |
| 08 | JORDAN PEPPER | 67 | |
| 09 | THOMAS PREINING | 57 | |
| 10 | MIRKO BORTOLOTTI | 42 |
Güven s’affirme comme l’un des rares capables de dompter une Porsche dans n’importe quelle météo, Thiim fait toujours le show même quand il ne gagne pas, et Rast prouve que quand tout s’aligne, il n’y a pas besoin de pluie ni de carambolage pour écraser la concurrence. BMW, avec son doublé dominical, envoie aussi un petit message à la meute : la saison ne sera pas une longue sieste.
Prochain arrêt : Nürburgring. Là où il fait toujours moche, où les vibreurs veulent votre suspension, et où le moindre virage cache un piège à points. Si Zandvoort était une mer d’huile trouble, le Nürb risque de devenir une tempête de contradictions.
Au DTM, tout peut arriver. Et c’est bien le problème.