Dans le cas d’Elysée Filaumart, ce n’est pas une figure de style : ce rire inimitable, sonore et contagieux, celui qui éclate habituellement entre deux réglages de suspension ou au détour d’un ravitaillement, s’est évaporé. Remplacé par un sourire discret, presque gêné. Le genre de sourire qu’on affiche quand on ne veut pas trop casser l’ambiance, mais qu’on a une énorme envie d’aller hurler dans une culasse. Et le pire, c’est que dans son cas, ce serait presque littéral.
Voilà maintenant presque deux ans qu’on n’a plus vu la Peugeot 207 S2000 d’Elysée sur les routes de l’île (depuis le Saint Joseph 2023), à l’exception d’un Tour Auto 2024 à bord d’une 208 Rally2 “pour le fun”. Et pourtant, l’homme n’a pas chômé. Entre les commandes de pièces, les plans moteurs, les galères d’usinage, les compatibilités mécaniques à la noix et les promesses de livraison toujours aussi fiables qu’une météo tropicale, il a mis du cœur, du temps et des sous dans la remise en route de sa lionne atmosphérique.
Mais l’univers, cet infatigable farceur, en a décidé autrement. Car au pays du rallye amateur – où l’on paie au prix de l’or ce que Peugeot Sport abandonnait en vrac dans ses ateliers au début du siècle – la moindre pièce devient une relique. Une sorte de trésor sacré, parfois visible uniquement au fond d’un catalogue PDF datant de l’ère Sarkozy. Et là, c’est la culasse qui fait des siennes. Pas celle du cousin, hein – celle du moteur. Cette pièce ô combien vitale, équivalente à une boîte crânienne pour les humains, censée coiffer fièrement le bloc moteur refait à neuf, n’arrivera pas à temps. Non pas “un peu en retard”. Non, pas le style “on croise les doigts pour lundi”. Plutôt : fin juillet. Traduction pour le commun des mortels ? Juste assez tard pour niquer les essais, et juste assez tôt pour faire croire qu’on va peut-être pouvoir participer au Tour Auto. Mais non. Je vous parie que cette tant attendue culasse arrivera la veille du départ pour que ce soit vraiment taquin !

Alors voilà. Elysée, fidèle à lui-même, prend la chose avec autant de philosophie que possible. Ce qui signifie, chez lui : il ne crie pas, il ne casse rien, mais il commence sérieusement à se demander s’il ne devrait pas ouvrir une boutique de pièces détachées lui-même. Et on ne parle pas d’un amateur capricieux qui attend qu’un mécano vienne lui revisser un cache-culbuteur. On parle d’un type qui a tout fait pour remettre sur pied une auto que même les ingénieurs Peugeot regardent désormais avec tendresse, comme un souvenir de jeunesse.
Navigué, comme toujours, par son cousin Loïc – le fidèle copilote au calme olympien même quand les chronos font la tronche – Elysée devra encore ronger son frein. Littéralement. Sa lionne hurlante, prête à griffer les spéciales avec cette sonorité métallique si caractéristique des atmosphériques, restera une fois de plus au fond du garage. Une pause prolongée, presque indécente, alors qu’elle aurait dû faire son grand retour, rutilante, libérée, rugissante.
Et pour les spectateurs, c’est une double peine : pas de Zézé dans les paddocks, donc moins de bonne humeur, moins de chambrage d’après-ES, et surtout, pas de 207 S2000 à l’attaque dans les épingles. Il va falloir se contenter d’écouter les doux borborygmes feutrés des moteurs turbo, ces moulins certes efficaces, mais sans le panache sonore d’une S2000 qui monte dans les tours comme un moustique sous amphét’.

Ceux qui le croisent ce week-end feraient bien de lui glisser un mot gentil. Parce qu’au-delà du pilote, il y a l’homme : passionné, sincère, obstiné, et pas du genre à lâcher l’affaire. Le genre de bonhomme qui, même en pleine galère, continue à encourager les jeunes, à féliciter les rivaux et à sourire (quand il peut encore). Ce sourire, cette fois, est discret. Mais ne vous y trompez pas : il bouillonne à l’intérieur.
Et pendant ce temps, dans l’hexagone une foutue culasse prend son temps. Elle se fait désirer, comme une diva d’opéra qui refuse de monter sur scène tant que le rideau n’est pas parfaitement repassé. Et Elysée, lui, attend. Encore. Toujours.
Mais quand elle arrivera – car elle finira bien par arriver, cette damnée culasse – il y aura du grabuge. Parce que Zézé, ce n’est pas le genre à revenir pour faire de la figuration. Il reviendra avec une auto hurlante, avec des pneus en mode découpeur thermique, et avec ce rire contagieux qu’on n’a que trop rarement entendu ces derniers mois. Et je vous parle même pas de sa paire de …..
Alors oui, la S2000 manquera au Tour Auto 2025. Mais son absence ne sera que le calme avant la tempête. Car un jour, pas si lointain, Elysée Filaumart recollera cette foutue pièce sur son moteur, remettra les gants, et rappellera à tout le monde qu’il n’est pas revenu pour enfiler des perles.
Et ce jour-là, promis, ce n’est pas un sourire discret qu’on verra sur son visage. Ce sera un grand rire sonore, franc, qui fera trembler les paddocks. Le vrai Zézé. Le sourire sur le visage autant que dans les yeux.